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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 12:40
oh ! le printemps

Les toute premières feuilles déplient obstinément leurs ailes dans le balbutiement des pluies d’avril. Les verts sont de la fête dans une barcarolle céleste. Combien de verts ? du plus clairet, si tendre, au plus ombreux, qui retient un peu de la nuit silencieuse dans ses replis timides. L’arbre est un peu perdu sur le parking d’une zone commerciale sans âme, mais qu’importe, les verts ne sont pas à vendre, ils ne sont qu’à l’occupation d’être, — une éternelle nouveauté.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 21:57
petite question d’actualité

« … Car la véhémence avec laquelle de grandes et nobles fractions de la nation réaffirment leur patriotisme, la passion avec laquelle une grande partie de la jeunesse s’engage dans de fougueux combats — sans autre but que d’affirmer ou renforcer le sentiment national, cela nous laisse supposer que, dans les autres camps, le sentiment national s’est affaibli au cours des temps et des luttes, qu’il a été étouffé sous le poids des malentendus, des débats, et même des idéaux. Et pourtant l’idée est absurde, qui veut qu’un Allemand, c’est-à-dire un individu de l’espace culturel, intellectuel, linguistique allemand puisse être plus allemand qu’un autre. Ou bien y aurait-il dans la nature des exemples de ce que, dans un champ, une motte de terre puisse être meilleure qu’une autre ? Combien impensable, inconcevable l’idée selon laquelle il y aurait, parmi les chênes, un chêne qui pût être plus chêne qu’un autre ! Pourquoi cette querelle qui nie l’égalité des hommes, les divise, les dresse les uns contre les autres ? » Profession de foi en faveur de l’Allemagne, Frankfurter Zeitung, 27 septembre 1931 in Joseph Roth, Croquis de voyage, éditions du Seuil, coll. Points, Paris, 2016.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:28
Patti Smith, photographie de Claire Alexandra Hatfield

Patti Smith, photographie de Claire Alexandra Hatfield

« Quatre ventilateurs tournent au plafond. Le Café ’Ino est vide, à l’exception du cuisinier mexicain et d’un gamin prénommé Zak, qui m’apporte ma commande habituelle, un toast de pain complet, un ramequin d’huile d’olive et du café noir. Je me replie dans mon coin, sans enlever ni mon manteau ni mon bonnet. Il est neuf heures du matin. Bedford Street, la ville s’éveille. Ma table, flanquée de la machine à café et de la baie vitrée qui donne sur la rue, m’offre un sentiment d’intimité, je peux me retirer dans mon monde. En cette fin novembre, le petit café paraît glacial. Alors pourquoi les ventilateurs tournent-ils ? Peut-être que si je les fixe suffisamment longtemps du regard, mon esprit se mettra lui aussi à tournoyer. Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien. » Patti Smith, M Train, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, éditions Gallimard, Paris, 2016.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 17:20
Roland Barthes avec sa mère et son frère, Biscarosse, Landes, vers 1932.

Roland Barthes avec sa mère et son frère, Biscarosse, Landes, vers 1932.

« Du passé, c’est mon enfance qui me fascine le plus ; elle seule, à la regarder, ne me donne pas le regret du temps aboli. Car ce n’est pas l’irréversible que je découvre en elle, c’est l’irréductible : tout ce qui est encore en moi, par accès ; dans l’enfant, je lis à corps découvert l’envers noir de moi-même, l’ennui, la vulnérabilité, l’aptitude aux désespoirs (heureusement pluriels), l’émoi interne, coupé pour son malheur de toute expression. » Roland Barthes, in Roland Barthes par Roland Barthes, Le Seuil, coll. écrivains de toujours, Paris, 1975.

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 18:31
Joseph Roth et sa femme Friedl dans le sud de la France, 1925

Joseph Roth et sa femme Friedl dans le sud de la France, 1925

« Il avait acheté du papier neuf, doux et lisse ; il avait l’impression qu’avec ce papier commençait une nouvelle phase de sa vie. Ces détails ont leur importance ; des lettres décisives, des lettres fatales, doivent être écrites sur un papier plaisant, affable, encourageant, gai, sur un papier de fête. Il écrivit cette lettre avec de l’encre violette, afin de la distinguer pour ainsi dire de toutes les autres lettres ordinaires. Il avait, avant tout, à faire un aveu à Madame G… et un aveu qui la décevrait peut-être. Lorsqu’il commença d’écrire, il imaginait que la langue française précisément se prêtait d’une façon particulière à un aveu. Rien de plus facile que d’être sincère en français. La vérité nue, qui a toujours une résonance dure, s’y trouve mollement couchée dans des détours et demeure quand même dessinée clairement ; elle est plus visuelle qu’auditive, comme il convient à la vérité. C’était certainement une lettre qui contenait des fautes, mais il n’est aucune langue où des fautes, aussi nobles et qui s’excusent d’elles-mêmes, sont permises comme dans la française. » Joseph Roth, La fuite sans fin, traduit de l’allemand par Romana Altdorf et René Jouglet, librairie Gallimard, rue de Grenelle, Paris, août 1929.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 11:07
les renoncules de christine

Peu à peu on ouvre nos yeux endormis. C’est donc ainsi que le monde existe ? Qu’est-ce qui se passe, ho ho ? il n’y a vraiment, vraiment personne là-dedans ? On dirait bien qu’il fait grande nuit autour de nous. Il n’y plus beaucoup de lumière — peut-être que c’est nous la lumière ? Nous sommes trois sœurs jaunes et deux belles-sœurs, la blanche et la rouge. On s'entend bien, mais quelquefois on ne sait plus de quoi on pourrait parler. On se serre les unes contre les autres parce qu’on a un petit peu peur. Brrrrr, il ne fait pas chaud dites donc ! Les filles, ça vous dirait d’aller faire les magasins ? C’est le printemps, et on a des fourmis dans les jambes.

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 21:32
un peintre de sentiment

« (…) Il est vrai, cependant, que son œuvre suggère un autre lien. Non plus de domination, d’appropriation, mais d’accueil, d’ouverture à la vie traversante, à son élan qui déborde toute représentation, comme le montre la manière dont il décentre l’espace du tableau, rompant avec ses règles possessives. Proche en cela d’un Mozart, autre illuminateur, autre passeur du fleuve de la finitude, Bonnard aide à éviter l’écueil du désespoir. Par sa variété, sa richesse, l’ampleur de sa trajectoire, son œuvre donne lieu à des lectures diverses. Toutefois son sens, qui transcende écoles et mouvements, est un. Il relève de l’acte de poésie et de lui seul, avec tout ce que celui-ci tait et révèle à la fois dans la lumière du simple mystère d’être. » Alain Lévêque, préface de Pierre Bonnard, Les exigences de l’émotion, L’Atelier contemporain, Strasbourg, 2016.

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 11:32
palais d'hiver

« Les jeunes filles sont des espèces de fleurs qui poussent, selon les circonstances, dans les appartements ou les jardins. Elles appartiennent à la famille des chèvrefeuilles ou, mieux, à la famille des liserons. Leurs bras, pareils à de gracieuses tiges volubiles, s’enroulent un jour au cou d’un fiancé. Leurs robes blanches, roses ou bleues, ont la forme de cloches comme les corolles des liserons. Elles sont campanulées, comme l’on dit en botanique. » Francis Jammes, début de la conférence Les jeunes filles et les fleurs, prononcée dans le cycle des mardis littéraires au Palais d’Hiver, à Pau, le 12 mars 1907.

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 15:16

Emmanuelle Riva parle de son rôle dans « Hiroshima mon amour », d’Alain Resnais sur un scénario de Marguerite Duras, émission Cinépanorama du 15 mai 1959, archives INA

La comédienne est filmée sur une hauteur au-dessus de Cannes, comme si elle venait tout juste de s’échapper des premiers plans du Rebecca qu’Alfred Hitchcock tourna presque vingt ans plus tôt. Elle est aussi fragile, timide et lumineuse que cette future Mrs de Winter à qui Joan Fontaine prête sa rêveuse silhouette.

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 19:25
André Beucler et Léon-Paul Fargue, brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, Paris, 1936.

André Beucler et Léon-Paul Fargue, brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, Paris, 1936.

« Citerai-je tous les bistros où il me fut donné d’être jeune et heureux, entouré de camarades, de pensées consolantes ou d’épaules de demoiselles ? Et par quel bout commencer ? Laissons l’âme y aller au hasard. Voici le Dôme, la Rotonde, la Coupole où se posent pour moi, comme des insectes possibles et charmants, figurés ou bizarres, venus de tous les musées du monde avec le pittoresque concomittant, les florentins, munichois, londoniens, qui ne risquent jamais jusqu’aux cimaises. Voici le Vachette et le d’Harcourt de mes années universitaires, avec ses fous, ses professeurs sérieux, savants et doux. Voici le bistro sans nom, affectueux et triste comme chien errant ou chat sinistré, le bistro de quelque coin de rue, monacal et sage, lavé, patient et solitaire, où j’ai attaqué, doucement fasciné par quelque saucisson, plus d’un poème. » Léon-Paul Fargue, Poisons, avec des gravures d’E. M. Burgin, éditions Daragnès, Paris 1956, réédition Le temps qu’il fait, Cognac, 1992.

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.