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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 13:17

 

ahhhlala-copie-1.jpg   greige.jpg

Cliche-2010-09-08-13-57-59.jpg  mapetitepoup_e.jpg

Nous avons achetés, Kitty et moi (enfin, — surtout Kitty), une nouvelle, haute et spacieuse maison ; celle-ci est au bord de la mer, planchers blancs, murs clairs, coussins moelleux et bergères roses, tout y est propret comme un sou neuf. Le panier est accroché au porte-manteau, près des châles et des vestes de laine, et n’attend plus que le départ imminent au marché (au bout d’une paire de ruelles romantiques). La lumière arrive par l’ouest et, le soir, au couchant, c’est tout oranges et clémentines à l’intérieur, sur les murs, les canapés, sur les lits et les oreillers de plumes. Sur le coin de la table blanche, on peut même écrire un poème, ou un bout de novella, — pour la photo, j’ai enlevé tout mon fourbi, cahiers, encriers, stylographes et vieux bouquins, — ça ne faisait pas très clean. On est bien dans cette maison ; c’est tous les jours samedi matin et dimanche après-midi, ou presque. Quelquefois, le mardi ou le mercredi, il pleut sur le jardin et sur le toit (Kitty aime bien qu’il pleuve doucement, le mardi ou le mercredi, sur le jardin et sur le toit).

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 11:39

room-with-window-3.jpg

Je lis toujours « boucle » au lieu de « bouche », « ongle » en place d’« oncle » ou même, quelquefois, « malin » en lieu et place de « matin », et, tout de suite, si la phrase lue devient incompréhensible, elle prend tout de même une drôle de tournure assez poétique. On est arrivé en deux temps trois mouvements au petit pays de l’inimaginable (dont l’ambassade est une embrassade). On est heureux de s’être perdu quelques secondes sur un secret territoire clairet, mollet, fluet. Il faut bientôt reprendre la lecture dès son début, quatre lignes au-dessus, ah oui, c’est une phrase banale, somme toute, et, ouf ! la réalité redevient parfaitement lisible et déductible. Mais on garde pourtant une légère nostalgie de ce bref moment d’hésitation, pendant quelques instants, le temps que dure le picotement de cette courte intrusion sur des terres mouvantes et désorientées (photographie Room with window, auteur inconnu). 

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 01:08

Interiorambdonajoveesquena.jpg

Il s’agit d’Hammershøi, peintre de chairs mortifiées, de formes sombres n’offrant que le dos au regard en ces embrasures où, tristement vague, flotte la lumière. Et, brusquement sauvées, auprès des buffets stables, des pâleurs du jour engourdi dans un psaume, carrefours innocents, impatients d'émerger à la cime de respectables habits noirs — à cette place, j’eusse volontiers placé le corps tout entier — en costumes de servantes ou, c’est tout un, d’épouses, dans une maison roide aux angles puritains, en favorable humeur, offertes pour toujours par l’ordre sévère des chignons, à ces gens perspicaces dont le thé refroidi entretient la candeur au long de corridors d’un vide serré, petits monuments nostalgiquement joyeux : les nuques de femmes. Ingrid Auriol, Solives du temps, proses — pour Nadim El Malki (Vilhelm Hammershøi, Intérieur avec une jeune femme vue de dos, 1903-1904, huile sur toile, Randers Kunstmuseum, Randers, Danemark).

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 00:08

jaufrerudel.jpg

C’est une chanson du milieu du douzième siècle ab bons sons, ab paubres motz de Jaufré Rudel. Il y chante l’amour de loin : une très-gentille dame du pays des croisades a ravi son cœur. Le pauvre chansonnier est malheureux de son bonheur, et heureux de son malheur. Il partira cependant pour le Levant, où il parviendra plus mort que vif ; la légende veut que la comtesse lui redonne assez de vie pour qu’il puisse la contempler dans un souffle une seule et unique fois, — avant de rendre, apaisé, son âme à Dieu. Dans La fleur inverse, essai sur l’art formel des troubadours, Jacques Roubaud prétend que « Le sens formel de la canso est celui-là : l’amour de loin est affirmation absolue de l’amour ; mais il est aussi la défaite de l’amour, son néant. » Pour ma part, je crois que l’amour n’est pas davantage à l’œuvre dans la solitude ingrate du chansonnier que dans les rêves colorés de la dame de l’autre côté de la mer, — mais très exactement dans la distance même, le lieu mouvant et exorbitant de leur union. Les chansons, de Jaufré Rudel, éditées par Alfred Jeanroy, librairie ancienne Honoré Champion, Paris, 1915.

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 19:54

gautama buddha (©Merlijn Hoek)

Cet après-midi, je cherche un mot et je ne le trouve pas. Ni lui non plus. Nous sommes passés à côté l’un de l’autre sans nous voir, même de loin. Peut-être ce mot n’existe-t-il pas, — ni moi non plus. Nous devrions cependant nous entendre du côté du non-être. J’écris une histoire qui se passe dans ma tête. Il y a plein de monde, que je ne connais pas. Je me demande ce qu’ils font tous là-dedans, — d’habitude, dans ma tête, c’est vide — ou quasiment. On dirait qu’ils cherchent un mot, eux aussi. Peut-être est-ce le même mot que nous cherchons tous. Je suis allé me promener sur les berges du fleuve (c’est dans ma tête que je me promène ; dans la réalité, je ne bouge guère de ma carrée). Il y avait des oiseaux, de la lumière irisée dans les feuilles des arbres, un raton-laveur qui faisait méticuleusement sa toilette. Je me suis assis dans l’herbe. Trois fourmis voyageaient de ce côté-là. J’ai fermé les yeux et il s’est mis à pleuvoir. Dans ma tête aussi il pleuvait doucement. Gautama Buddha (photographie de Merlijn Hoek, 2010).

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 22:43

Portrait_egon-Schiele_1915.jpg

Walli, le météore rouge et jaune, a quitté sa vie depuis quelques mois. Après un voyage dans les Carinthes jusqu’à Trieste, il s’installe dans la capitale d’Autriche. L’atelier est lumineux, immense, — pas aussi immense que sa peine à vivre. Dans la rue, en face, il rencontre deux sœurs, — Adèle et Edith. Combien y a-t-il donc de femmes sur la terre ? Dispensé d’armée, il fait son service dans l’administration. Il peint, mais le regard ne se laisse pas emprisonner dans les couleurs. En juin, il épouse Edith. Les chaussures noires, les pantalons, la ceinture, la chemise blanche et la cravate ne sont pas à son goût. Quand il ne peint pas, ses mains sont inutiles. Portrait d’Egon Schiele, 1915.

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 22:28
En cette période où Nerval caressait le rêve de faire un second séjour en Orient, ce fut Gautier qui, cette fois, se rendit à Istanbul. La vitesse et l’expension des navires à vapeur avaient réduit à onze jours la durée du trajet entre Paris et Istanbul. Gautier séjourna soixante-dix jours dans cette ville et publia ses impressions dans les journaux auxquels il collaborait, et les rassembla immédiatement dans un livre intitulé Constantinople. Cet ouvrage épais, très populaire et traduit en plusieurs langues, est, après le Contantinopoli de l'écrivain italien Edmondo De Amicis, édité vingt-cinq ans plus tard à Milan, le meilleur de tous les livres sur Istanbul écrits au XIXe siècle. Comparé à celui de son ami Nerval, le récit de voyage de Gautier témoigne de plus de savoir-faire, d’organisation et de fluidité. Cela tient au fait que Gautier est feuilletoniste, qu’il publie dans la presse des articles sur l’art et la culture et des romans en feuilletons (quelque part, il compare cette situation à celle de Shéhérazade obligée chaque nuit d’inventer une histoire), et que son écriture répond toujours à l’urgence et au souci d’être divertissant de celui sachant qu’il doit chaque jour faire parvenir un texte au journal. (Ce qui lui valut les critiques de Flaubert.) Mis à part les clichés habituels sur les sultans, les femmes, les cimetières et les sujets rebattus, ces faiblesses de journaliste firent de son livre sur Istanbul un grand reportage urbain. La valeur que prendra ce reportage aux yeux de ceux, qui comme Yahya Kemal et Tanpinar, développeront plus tard une image d’Istanbul pour les Stambouliotes, réside dans le fait que tout en procédant d’un côté comme un journaliste de talent, de l’autre, suivant les conseils de son ami Nerval, Gautier pénètre dans les « coulisses » de la ville, s’aventure dans les faubourgs, les quartiers délabrés, les rues obscures et sales, et fait pour la première fois sentir au lecteur que l’Istanbul miséreux et désolé a autant d’importance que les images touristiques. Orhan Pamuk, Istanbul, souvenirs d’une ville, traduit du turc par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy et Jean-François Pérouse, Gallimard, 2007.
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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 16:49

spinoza.jpg

Monsieur, si j’avais jamais eu le désir d’occuper une chaire professorale, je n’aurais pu en souhaiter une autre que celle que le Sérénissime Electeur m’offre par votre entremise, et cela surtout parce que le très gracieux Prince veut bien m’accorder la liberté de philosopher, pour ne rien dire du désir que j’ai depuis longtemps de vivre dans un pays où règne un Prince dont tous admirent la sagesse. Mais n’ayant jamais été tenté par l’enseignement public, je n’ai pu me déterminer, bien que j’y aie longuement réfléchi, à saisir cette magnifique occasion. Je pense en premier lieu que je devrais renoncer à poursuivre mes travaux philosophiques si je m’adonnais à l’enseignement de la jeunesse. D’autre part, j’ignore dans quelles limites ma liberté philosophique devrait être contenue pour que je ne parusse pas vouloir troubler la religion officiellement établie : le schisme en effet provient moins d’un zèle religieux ardent que des passions diverses ou de l’amour de la contradiction qui détourne de leur sens et condamne toutes paroles, même quand elles sont l’expression d’une pensée droite. Je l’ai déjà éprouvé dans ma vie solitaire de simple particulier, et cela serait bien plus à craindre si je m’élevais à ce degré de dignité. Vous voyez donc, Monsieur, que ce qui m’arrête, ce n’est pas du tout l’espoir d’une fortune plus haute, mais l’amour de ma tranquillité, que je crois pouvoir préserver, en quelque manière, en m’abstenant de leçons publiques. Je vous demande donc de prier l’Electeur Sérénissime de me laisser délibérer encore et de conserver sa bienveillance à son très dévoué serviteur. Vous obligerez d’autant plus, Monsieur, votre tout dévoué B. de Spinoza. La Haye, le trente mars 1673, Lettre au très haut Dr. Louis Fabritius, professeur à l’Académie de Heidelberg et conseiller de l’Electeur Palatin.

Illustration : Spinoza voor zijne regters, staalgravure van J.H. Renneveld (1832–77), naar een verdwenen schilderij (ca. 1865) van Maurits Leon (1838–65). Afkomstig uit : Jacob van Lennep, Willem Moll en Johannes ter Gouw, Nederlands geschiedenis en volksleven in schetsen (Leiden 1868–72). De scène stelt Spinoza voor ten overstaan van de bestuurders van de Amsterdamse joodse gemeente, die hem willen verbannen (privébezit  Adri K. Offenberg).

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 19:54

rilke--clara-westhoff.jpg

Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,

celle que l’on envie, la promeneuse ?

Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit

saluée par de beaux messieurs d’autrefois.

 

Sous son ombrelle, avec une grâce passive,

elle exploite la tendre alternative :

s’effaçant un instant à la trop brusque lumière,

elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.

 

Rainer Maria Rilke, Poèmes en langue française

(photographié en compagnie de sa femme, Clara Westhoff).


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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 00:12

Boris-Pasternak.jpg

« Je crains l’été en ville, le manque d’air, la poussière, l’insomnie, le déferlement de la brutalité — celle des autres, mais qui est contagieuse ; je crains l’idée de l’enfer (souffrance informe). Mais si je profité de l’une des cent invitations qui me tombent dessus, je crains de me noyer dans la douceur de nouvelles impressions, dans la fraîcheur qui résonnera, non pas maintenant, mais fatalement d’ici des années. Je crains de tomber amoureux, je crains la liberté. Je n’en ai pas le droit maintenant. Ce que je tiens entre les mains, je ne peux pas le mettre de côté. Il me faut un an pour m’y accrocher mieux, c’est-à-dire — les métaphores seraient déplacées —, pour le moment je suis condamné à ce rebord de fenêtre et à cet établi par la monstruosité de mes dépenses et mes revenus instables. » Boris Pasternak, Lettre à Marina Tsvétaeva, de Moscou, le 5 juin 1926, traduit du russe par Eveline Amoursky et Luba Jurgenson, éditions des Syrtes, 2005.

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.