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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 10:38

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« Non loin de la maison, il jeta sa bicyclette dans un buisson. Je le fis attendre un instant devant la porte du vestibule, que je lui ouvris de l’intérieur, après avoir fait le tour du rez-de-chaussée, par la cuisine. Comme je me hâtais ! Qu’eussé-je fait si je ne l’avais plus retrouvé, là, dans la pleine clarté de la lune, derrière ce battant que j’entrouvrais doucement ? Bien que la maison fût toute vide, nous montâmes comme deux voleurs. » André GideLe ramier, Gallimard, 2002.

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 20:12
Au premier jour du printemps 1964, à la salle de concert du parc Tivoli à Copenhague, au Danemark, une sage jeune fille de seize ans demande à son amoureux d’attendre qu’elle soit en âge de l’aimer. Dans sa timide robe noire, elle remporte avec trente-deux points d’avance le Grand-Prix Eurovision de la Chanson. Le film est un peu rayé, et parfois même l’image de la jeune fille s’immobilise pendant que les paroles courent au-devant d’elle et de sa vie. Cigliola Cinquetti, Non ho l’età (écrite par Nicola Salerno et Mario Panzeri). Non ho l’età per amarti, non ho l’età per uscire sola con te (…) Lascia ch’io viva un amore romantico, nell’attesa che venga quel giorno, ma ora no.
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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 23:06

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Pour l’attribution du prix Grillparzer de l’Académie des sciences de Vienne il fallait que je m’achète un costume, car j’ai soudainement pris conscience, deux heures avant la remise solennelle, que je ne pouvais décemment me présenter habillé d’un pull et d’un simple pantalon à cette cérémonie indubitablement extraordinaire, et j’avais donc bel et bien décidé, alors que je me trouvais sur le Graben en plein centre de Vienne, de rejoindre l’artère commerçante du Kohlmarkt et de m’habiller avec la solennité appropriée ; à cet effet, je me rendis au magasin de vêtements pour hommes que je connaissais déjà fort bien pour y avoir acheté plusieurs paires de chaussettes, et qui portait le nom tout à fait significatif de Sir Anthony ; si je me souviens bien, il était dix heures moins le quart lorsque je pénétrai dans la boutique Sir Anthony, la remise du prix Grillparzer était prévue pour onze heures.  J’avais l’intention de faire l’acquisition d’un costume, de prêt-à-porter certes, mais alors au moins en pure laine et de la meilleure qualité, couleur anthracite, avec cela des chaussettes assorties, une cravate et une chemise de chez Arrow, très raffinée, rayée gris-bleu. Thomas BernhardMeine Preise, traduit par Daniel Mirsky, Gallimard, 2010. 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 16:26
C’est un peu de l’Inde fulgurante, mais mâtiné des brumes du Liverpool de George Harrison. Quand l’automne déchire l’Europe de feuilles mortes et de vents fous, l’Inde se pare encore de divins soleils. I am missing you (oh Krishna where are you). Pandit Ravi Shankar family and friends, LP 1974 Dark Horse Records AMLH22002.
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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 10:23

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Il s’est passé dans la nuit un petit drame dans la calme et vénérable communauté dordognote de La Coquille : en revenant de la cantine, sur le chemin qui la conduisait à sa tente sous les arbres, Miss Kitty a égaré le magnifique album La mystérieuse Catherine qu’elle avait apporté (on peut résolument aller méditer chez les moines, on n’en reste pas moins bibliothécaire). Tout le monde est parti résolument à la recherche du précieux ouvrage. A l’heure où nous publions ces quelques lignes, nous ne savons pas s’il a été retrouvé. Je suis un peu loin, mais il me semble que je puis participer modestement à la terrible enquête en y mettant mon grain de sel : il ne m’étonnerait pas que de facétieux lapins eussent subtilisé le dit album, pour faire une blague, et l’eussent soigneusement caché dans quelque terrier, — à moins, plutôt, qu’une Miss Kitty méditative ne l’eût tout simplement oublié dans le fond de son sac à dos… La mystérieuse Catherine, de Denyse Renaud, bibliothèque de Suzette, éditions Gautier-Languereau (1955).

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 17:41

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C’est sur les hauteurs de Nice qu’il la rencontre, — cela fait deux soleils dans sa vie, désormais. Guillaume est perdu (quel poète ne l’est pas ?) Il va endormir ses nuits près d’elle dans l’ombre opiacée de longues confidences. Mademoiselle de Coligny-Chatillon est une rue, un oiseau, un rayon de lune. Elle est un peu fofolle, et a un « Toutou » dans sa vie : il est officier sur le front, tout là-haut, du côté de la Meurthe-et-Moselle. Nous sommes en 1914. De Saint-Jean-Cap-Ferrat Mademoiselle de Coligny-Chatillon le bombarde de lettres. Mais que vient faire tout à coup ce Polonais dans sa vie ? Guillaume va à Nîmes et s’engage dans le troisième régiment d’artillerie de campagne. L’heure est toujours à l’amour quand on enrégimente les promesses. Les lettres à Lou, Guillaume Apollinaire.

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 12:15

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Par bonheur, comme la plupart des enfants, j’ai appris l’essentiel de ce qu’il faut savoir dans la vie avant de commencer l’école, grâce à l’enseignement dispensé par les arbres fruitiers, la pluie et le soleil, les rivières et les forêts, les abeilles, les scarabées, sans compter les leçons du dieu Pan et des idoles dansantes qui peuplaient l’armoire aux trésors de mon grand-père. J’étais au courant des choses de la vie, je frayais sans crainte avec les animaux et les étoiles, je connaissais les arbres des vergers, les différents poissons des rivières et des lacs, et je savais en outre bon nombre de chansons. Hermann Hesse, Enfance d’un magicien, traduit par Edmond Beaujon, Calmann-Lévy, 1975 (l’auteur photographié en 1927, à l’âge de cinquante ans).

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 16:49

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Chuchotements de la source

aveux d’évangile

lune fragile dans sa course

 

Holy Land, Vale of Nazareth, original steel engraving drawn by W. H. Bartlett,                                                                engraved by C. Cousen, 18 x 13 cm, 1850

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 18:35

 

Vittoria ne marche plus dans les rues de Rome ; elle ne viendra pas attendre Piero au carrefour près de chez elle. Au début du film, elle avait quitté Riccardo dans une aube grise et sale, et on savait tout de cette nuit terrible de leur séparation dont témoignait chaque objet vacant de l’appartement. A la fin du film, Antonioni choisit de nous laisser à ce même carrefour — et on ne sait plus rien. Que se passe-t-il, que s’est-il passé dans la vie, dans le cœur de Vittoria ? Antonioni nous abandonne dans cette fausse nuit de l’éclipse, une nuit extérieure et étrangère, la nuit d’une sorte de satori, où seuls frémissent encore les lourds feuillages des arbres noirs. Le monde se géométrise dans l’éternel hors-champ d’une modernité muette et fantomatique. Le souvenir de la gravité sublime de Vittoria hante déjà nos consciences. L’Eclipse, de Michelangelo Antonioni, avec Monica Vitti (Vittoria) et Alain Delon (Piero), scénario de Michelangelo Antonioni, Tonino Guerra, Ottiero Ottieri et Elio Bartolini, 118 mn, Prix spécial du jury, Cannes, 1962.

 

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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 11:42

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Aujourd’hui il ferait presque gris sur Angoulême, ciel incertain, été fané. C’est peut-être le moment de se couler dans l’or lumineux de Pierre Bonnard, de profiter qu’il a ouvert la fenêtre pour emplir son cœur de paysages considérables, et lui voler un peu de son regard. Marthe est dans la chaise longue et joue avec le petit chat noir. La peinture, c’est beaucoup plus que la peinture : on entend l’assourdissant bruissement des cigales, on sent la chaleur s’appesantir jusque sur son âme, on devine le voile du rideau frémir à peine sous les imperceptibles à-coups d’une brise tiède. D’ordinaire, parvenu à ce point de la description, le commentaire prétendrait que le temps s’est arrêté, mais il n’en est rien. Le temps ne s’arrête justement pas sur la palette de Bonnard. Ce que je vois, au contraire, c’est une durée, l’exacte et enveloppante durée du temps arrêté. La peinture est l’art du temps premier, la narration de son éblouissement. Pierre Bonnard, Fenêtre ouverte, 1921 (collection Phillips, Washington, 118 x 95 cm).

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.