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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 01:06

eretz-copie-3.jpg

Ilan, le jeune frère du narrateur, vécut quelque temps en Israël à la fin des années soixante. Aujourd'hui que tout a changé là-bas comme ici, que reste-t-il de lui ? Qu’est-ce que ce pays ? Comment faire le récit de ce qui vous a échappé, et qu’on ne saura pas retrouver ? Henri Raczymow, Eretz, Gallimard (avril 2010). 

11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 23:56

sir-Brooke-Boothby--Sir-Wright-of-Derby--1781-copie-1.jpg

« La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j’ai perdu la mémoire est de n’avoir pas fait des journaux de mes voyages. Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans ceux que j’ai faits seul et à pied. La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées : je ne puis presque penser quand je reste en place ; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, […] l’éloignement de tout ce qui me fait sentir ma dépendance, de tout ce qui me rappelle à ma situation, tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l’immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré sans gêne et sans crainte. Je dispose en maître de la nature entière ; mon cœur errant d’objet en objet s’unit, s’identifie à ceux qui le flattent, s’entoure d’images charmantes, s’enivre de sentiments délicieux. » Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions. Illustration : Sir Brooke Boothby, Sir Wright of Derby, 1781.

10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 01:23
 

Lester YoungPennies From Heaven

9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 17:18

kitagawa-utamaro-hitsu--cachet-d-editeur-Iseiya-copie-2.jpg

Derrière le store fragile

confidences de riz du miroir

mais dit-il les mêmes choses que moi ?


Utamaro Kitagawa, cachet d’éditeur Iseiya Rihei, collection Hayashi (1902).

9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 13:58

utamaro Kitagawa (1753 – 1806)

Claires chamailleries du jeune été

dans les bambous bruissants

mon âme est une ride sur l’eau de l’étang

 

Estampe d’Utamaro Kitagawa (1753–1806)

9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 01:31

haiku-copie-1.jpg

une brise d’avril
sous l’aile de l’oiseau
caressant la neige des fleurs de cerisier  
8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 13:06

Georges-Louis_Leclerc-_Comte_de_Buffon-copie-1.jpg

Pour bien écrire, il faut donc posséder pleinement son sujet ; il faut y réfléchir assez pour voir clairement l’ordre de ses pensées, et en former une suite, une chaîne continue, dont chaque point représente une idée ; et, lorsqu’on aura pris la plume, il faudra la conduire successivement sur ce premier trait, sans lui permettre de s’en écarter, sans l’appuyer trop inégalement, sans lui donner d’autre mouvement que celui qui sera déterminé par l’espace qu’elle doit parcourir. C’est en cela que consiste la sévérité du style ; c’est aussi ce qui en fera l’unité et ce qui en réglera la rapidité, et cela seul aussi suffira pour le rendre précis et simple, égal et clair, vif et suivi. Discours de réception à l’Académie française, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788).


7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 23:01

vers-portofino-copie-1.jpg

Cette année-là, pour une fois, j’étais presque allé jusqu’en vacances. Pas très loin : sur la Côte de Beauté, si, si ! Je travaillais dans un restaurant, à la plonge, — moi qui n’ai jamais été fichu de seulement sauter du cinq mètres à la piscine municipale ! L’hôtel-restaurant s’appelait le Regina et donnait sur la plage, juste en face du Café des Flots bleus, ou un truc dans le genre. L’après-midi j’avais deux ou trois heures à tuer sur la plage. Je m’y ennuyais ferme sous mon parasol de location, jusqu’à ce que je fisse la rencontre d’une douce et belle à la peau de cuivre. Restructuracion, — c’était son petit nom à la demoiselle. Elle venait d’un pays où le soleil était beaucoup plus chaud qu’ici. On se voyait l’après-midi sur la plage, et, quelquefois aussi, le soir, quand la lune fait de chouettes confidences aux amoureux. Je dois dire que Restructuracion ne comprenait rien du tout à tout ce que nous racontait la lune ces soirs-là. Dans son pays, ils ne sont pas très fortiches pour l'État civil à mon avis. C’est plutôt Destrucion qu’il eût fallu prénommer cette plus belle que douce d’un été à la plonge. Bruno Réquillart, Vers Portofino, 1977. 

 

6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 19:26

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Ce soir-là Masao et moi nous allâmes au restaurant des fleurs fanées, où nous invitâmes deux femmes du quartier d’Asiwaka. C’était de très jolies dames, coquettes, bien habillées, — et tout. Nous faisions les malins parce qu’au bureau on nous avait donné une promotion : à ce rythme-là, nous serions peut-être sous-directeurs de la banque dans dix, douze ans. Nous imaginions que notre carrière se ferait de la sorte, sans heurt, sans la moindre entourloupette. D’ici peu, nous épouserions une jeune fille de bonne famille à la peau blanche, et nous aurions bientôt un petit garçon qui nous ressemblerait en diable. Voici ce que nous imaginions dans nos petites têtes embuées par la bière et le saké. La vie se devrait d’être belle pour des types aussi capables que nous. Masao ferait des placements dans les usines de textile de son beau-père, et il n’était pas impossible que j’achevasse enfin ce grand roman de chevalerie que j’avais commencé l’été dernier sur l’île d’Aki. Les jolies dames souriaient et nous écoutaient patiemment rêver à voix haute.     

5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:26

japan.jpg

« Bien que n’étant qu’un amateur, j’ai écrit ce récit — provisoirement intitulé Le pont flottant des songes — comme on rédige un roman, mais tout ce que j’ai rapporté jusqu’ici renvoie à des épisodes authentiques ayant pris place dans le cadre familial, sans qu’aucune invention vienne s’y mêler. Si on me demandait dans quel but j’écris ce texte, je serais bien incapable de répondre. Je n’écris pas particulièrement dans l’espoir d’être lu. Pourtant, bien que ce récit ne soit pas destiné à être lu par qui que ce soit de mon vivant, l’idée qu’après ma mort il tombe sous les yeux d’un certain nombre de personnes ne me gêne aucunement, encore que, s’il tombait en poussière sans que personne l’ait jamais lu, je n’en éprouverais aucun regret. Simplement je suis passionné par l’écriture elle-même, et j’éprouve un immense plaisir à me pencher sur les événements du passé et à tenter de les faire revivre un à un. Je peux certes affirmer que tout ce qui est rapporté ici est strictement véridique, exempt de la moindre invention, de la moindre déformation, la vérité a néanmoins des limites, et il y a une ligne a-delà de laquelle on ne peut plus l’écrire. Aussi, bien que je n’invente rien, je ne livre pas pour autant toute la vérité. Il se peut que par respect pour mon père, pour ma mère, pour moi-même aussi, et pour d’autres encore, je laisse de côté une partie de cette vérité. Certains diront que ne pas raconter tourte la vérité,  c’est déjà mentir ; je ne me risquerai pas à les contredire, c’est leur façon de voir les choses. » Tanizaki Junichirô, Le pont flottant des songes, traduit par Jean-Jacques Tschudin, Gallimard, 1998.

Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.