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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 13:01

picasso-la-vie-1903-1965-x-1285-cm-oil-on-canvas-c-copie-1

J’arrivai à Tôkyô un soir où tombait une neige abondante. Ivre, je me trouvai derrière Ginza, fredonnant : « Ici, si loin du pays… » Du bout du pied je chassais la neige qui s’épaississait quand, tout à coup, je dus cracher. Ce fut mon premier crachement de sang. Sur la neige blanche un large rond rouge rappelait le drapeau japonais. Je m’accroupis un moment, puis, ramassant dans les deux mains de la neige propre, je me lavai le visage et je pleurai.  « Où va ce sentier… » Dazaï Osamu, La déchéance d’un homme, traduit par Georges Renondeau, Gallimard, 1962. Pablo Picasso, La vie, 1903 (huile sur toile, 1965 x 1285 cm).

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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 00:41

Noli me tangere Fra Angelico (Florentine painter, c. 1400-1

Les arbres, la clôture et les herbes font penser à ceux du douanier Rousseau. Il faut bien cette naïve fraîcheur et toute cette sensualité végétale pour dédramatiser l’étourdissement de cette palingénésie. L’homme tient encore son bâton de pèlerin, la femme est dans la folle découverte d’un deuil inutile : ses pleurs de chagrin se mêlent déjà à ses larmes de joie. Un jour, on le sait, l’homme et la femme furent chassés d’un lointain paradis, mais les voici de retour dans un éden familier. La porte noire, sur le côté, c’est le troisième personnage, — l’inconscient de leur impossible et miraculeuse rencontre. Miriâm de Magdala sourit dans un pur ravissement : l’éternité est si légère et si enivrante à fleur de ses doigts. Fra AngelicoNoli me tangere (1440-41, fresque 180 x 146 cm, San Marco, Florence).

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17 juillet 2010 6 17 /07 /juillet /2010 16:56

frida-copie-2.jpg

C’est jour de soleil, jour de fleurs. C’est le printemps mexicain dans le cœur infini de Frida. Ses pinceaux indiens chantent les soleils, les nuages, — et les visages de sa difficile et lente rédemption. Elles se tiennent la main, les deux Frida, lèvres closes, amours lointaines, aveux de silence. L’autre Frida, celle qui peint, celle qui n’existe pas, elle est déjà morte,  — il faut mourir pour renaître, chaque jour de haute lumière, au versant chancelant de l’illimité.

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 15:07

italian-notebook-woolf-7-June-1916-copie-1.jpg

Les paysages sont si majestueux, si simples, si totalement infinis, que je me suis perdue en moi-même. Je passe de longues heures à regarder les hauts ciels. Au bord d’une route au creux de midi, je demeure. Où est la poésie si je reste ainsi sans voix ? Leonard chasse dans les bibliothèques de la vieille ville, — quand le livre lumineux est tout ouvert par-dessus la campagne bleue. Je tourne sans angoisse les pages blanches du livre de ma vie. Je n’attends rien. Je regarde partout autour de moi, jusqu’à ce que mes pauvres yeux s’emplissent de vrais rêves ardents. Qui dois-je remercier pour tant d’humbles et invisibles trésors  ? Virginia Woolf, italian notebook (7 june 1916).

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 01:06

eretz-copie-3.jpg

Ilan, le jeune frère du narrateur, vécut quelque temps en Israël à la fin des années soixante. Aujourd'hui que tout a changé là-bas comme ici, que reste-t-il de lui ? Qu’est-ce que ce pays ? Comment faire le récit de ce qui vous a échappé, et qu’on ne saura pas retrouver ? Henri Raczymow, Eretz, Gallimard (avril 2010). 

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 23:56

sir-Brooke-Boothby--Sir-Wright-of-Derby--1781-copie-1.jpg

« La chose que je regrette le plus dans les détails de ma vie dont j’ai perdu la mémoire est de n’avoir pas fait des journaux de mes voyages. Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi dire, que dans ceux que j’ai faits seul et à pied. La marche a quelque chose qui anime et avive mes idées : je ne puis presque penser quand je reste en place ; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. La vue de la campagne, la succession des aspects agréables, le grand air, […] l’éloignement de tout ce qui me fait sentir ma dépendance, de tout ce qui me rappelle à ma situation, tout cela dégage mon âme, me donne une plus grande audace de penser, me jette en quelque sorte dans l’immensité des êtres pour les combiner, les choisir, me les approprier à mon gré sans gêne et sans crainte. Je dispose en maître de la nature entière ; mon cœur errant d’objet en objet s’unit, s’identifie à ceux qui le flattent, s’entoure d’images charmantes, s’enivre de sentiments délicieux. » Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions. Illustration : Sir Brooke Boothby, Sir Wright of Derby, 1781.

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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 01:23
 

Lester YoungPennies From Heaven

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 17:18

kitagawa-utamaro-hitsu--cachet-d-editeur-Iseiya-copie-2.jpg

Derrière le store fragile

confidences de riz du miroir

mais dit-il les mêmes choses que moi ?


Utamaro Kitagawa, cachet d’éditeur Iseiya Rihei, collection Hayashi (1902).

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 13:58

utamaro Kitagawa (1753 – 1806)

Claires chamailleries du jeune été

dans les bambous bruissants

mon âme est une ride sur l’eau de l’étang

 

Estampe d’Utamaro Kitagawa (1753–1806)

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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 01:31

haiku-copie-1.jpg

une brise d’avril
sous l’aile de l’oiseau
caressant la neige des fleurs de cerisier  
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Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.