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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 01:31

haiku-copie-1.jpg

une brise d’avril
sous l’aile de l’oiseau
caressant la neige des fleurs de cerisier  
8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 13:06

Georges-Louis_Leclerc-_Comte_de_Buffon-copie-1.jpg

Pour bien écrire, il faut donc posséder pleinement son sujet ; il faut y réfléchir assez pour voir clairement l’ordre de ses pensées, et en former une suite, une chaîne continue, dont chaque point représente une idée ; et, lorsqu’on aura pris la plume, il faudra la conduire successivement sur ce premier trait, sans lui permettre de s’en écarter, sans l’appuyer trop inégalement, sans lui donner d’autre mouvement que celui qui sera déterminé par l’espace qu’elle doit parcourir. C’est en cela que consiste la sévérité du style ; c’est aussi ce qui en fera l’unité et ce qui en réglera la rapidité, et cela seul aussi suffira pour le rendre précis et simple, égal et clair, vif et suivi. Discours de réception à l’Académie française, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788).


7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 23:01

vers-portofino-copie-1.jpg

Cette année-là, pour une fois, j’étais presque allé jusqu’en vacances. Pas très loin : sur la Côte de Beauté, si, si ! Je travaillais dans un restaurant, à la plonge, — moi qui n’ai jamais été fichu de seulement sauter du cinq mètres à la piscine municipale ! L’hôtel-restaurant s’appelait le Regina et donnait sur la plage, juste en face du Café des Flots bleus, ou un truc dans le genre. L’après-midi j’avais deux ou trois heures à tuer sur la plage. Je m’y ennuyais ferme sous mon parasol de location, jusqu’à ce que je fisse la rencontre d’une douce et belle à la peau de cuivre. Restructuracion, — c’était son petit nom à la demoiselle. Elle venait d’un pays où le soleil était beaucoup plus chaud qu’ici. On se voyait l’après-midi sur la plage, et, quelquefois aussi, le soir, quand la lune fait de chouettes confidences aux amoureux. Je dois dire que Restructuracion ne comprenait rien du tout à tout ce que nous racontait la lune ces soirs-là. Dans son pays, ils ne sont pas très fortiches pour l'État civil à mon avis. C’est plutôt Destrucion qu’il eût fallu prénommer cette plus belle que douce d’un été à la plonge. Bruno Réquillart, Vers Portofino, 1977. 

 

6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 19:26

japonais-copie-1.jpg

Ce soir-là Masao et moi nous allâmes au restaurant des fleurs fanées, où nous invitâmes deux femmes du quartier d’Asiwaka. C’était de très jolies dames, coquettes, bien habillées, — et tout. Nous faisions les malins parce qu’au bureau on nous avait donné une promotion : à ce rythme-là, nous serions peut-être sous-directeurs de la banque dans dix, douze ans. Nous imaginions que notre carrière se ferait de la sorte, sans heurt, sans la moindre entourloupette. D’ici peu, nous épouserions une jeune fille de bonne famille à la peau blanche, et nous aurions bientôt un petit garçon qui nous ressemblerait en diable. Voici ce que nous imaginions dans nos petites têtes embuées par la bière et le saké. La vie se devrait d’être belle pour des types aussi capables que nous. Masao ferait des placements dans les usines de textile de son beau-père, et il n’était pas impossible que j’achevasse enfin ce grand roman de chevalerie que j’avais commencé l’été dernier sur l’île d’Aki. Les jolies dames souriaient et nous écoutaient patiemment rêver à voix haute.     

5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:26

japan.jpg

« Bien que n’étant qu’un amateur, j’ai écrit ce récit — provisoirement intitulé Le pont flottant des songes — comme on rédige un roman, mais tout ce que j’ai rapporté jusqu’ici renvoie à des épisodes authentiques ayant pris place dans le cadre familial, sans qu’aucune invention vienne s’y mêler. Si on me demandait dans quel but j’écris ce texte, je serais bien incapable de répondre. Je n’écris pas particulièrement dans l’espoir d’être lu. Pourtant, bien que ce récit ne soit pas destiné à être lu par qui que ce soit de mon vivant, l’idée qu’après ma mort il tombe sous les yeux d’un certain nombre de personnes ne me gêne aucunement, encore que, s’il tombait en poussière sans que personne l’ait jamais lu, je n’en éprouverais aucun regret. Simplement je suis passionné par l’écriture elle-même, et j’éprouve un immense plaisir à me pencher sur les événements du passé et à tenter de les faire revivre un à un. Je peux certes affirmer que tout ce qui est rapporté ici est strictement véridique, exempt de la moindre invention, de la moindre déformation, la vérité a néanmoins des limites, et il y a une ligne a-delà de laquelle on ne peut plus l’écrire. Aussi, bien que je n’invente rien, je ne livre pas pour autant toute la vérité. Il se peut que par respect pour mon père, pour ma mère, pour moi-même aussi, et pour d’autres encore, je laisse de côté une partie de cette vérité. Certains diront que ne pas raconter tourte la vérité,  c’est déjà mentir ; je ne me risquerai pas à les contredire, c’est leur façon de voir les choses. » Tanizaki Junichirô, Le pont flottant des songes, traduit par Jean-Jacques Tschudin, Gallimard, 1998.

5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 21:12

scottzelda.jpg

Dans tout bonheur affiché s’entend toujours l’imperceptible frémissement d’une sourde dissonance, — qu’on pourrait tout de même se féliciter d’avoir suavement identifiée (quand on se pique assez d’égotisme). Voici les Fitzgerald à l’entraînement du bonheur : les arbres, le ciel, et même l’aléatoire barrière du champ de course participent de leur jeune félicité. Les tendres frisotis des cheveux de Zelda, l’impeccable raie de Scott, les pantalons, les chaussettes et les chaussures de golf bicolores, la pèlerine et la robe plissée sous les sages mains croisées, les sourires biscornus au premier soleil d’avril, — on n’est pas heureux, on s’essaie simplement à l’être. Car le bonheur est une école difficile, pour peu qu’on se prenne à écrire à deux l’inconvénient d’être toujours seul.  Francis Scott Fitzgerald and his wife Zelda, at their home in Dellwood, Minnesota, september 1921 (Zelda was eight months pregnant with their daughter Frances, « Scottie », at the time).

4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 11:33

america.jpg

Je crois que, cette fois, je me suis perdu. Il y a de la lumière pourtant, — par là-bas. Je trouverai bien un bout d’hôtel dans la nuit profonde pour endormir ma misère et mes petits rêves de voyageur immobile. Demain je rencontrerai Dino et nous irons boire des cafés dans un drugstore oublié ; Dino me racontera ses jeunes amours (l’amour est toujours jeune quand il clarifie le regard de Dino). Hier, ou avant-hier, Melinda m’a téléphoné pour m’annoncer qu’elle allait partir, elle aussi. Elle aussi elle cherchera un petit hôtel dans le fond de l’image ; nous voyageons à l’intérieur des paysages que nous nous inventons. Pas moyen de vivre dans ces mondes lointains, — autrement qu’avec le secours de la poésie. Quelquefois la poésie voyage, nous désignant notre terrible et amical détachement.   

30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 14:33

 

L’amore in città, épisode Paradiso per tre ore, de Dino Risi, 1953.

 

30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 11:22

Isadora-Duncan-on-the-Lido-in-Venice--Raymond-Duncan-1903-.jpg

Il faisait une de ces journées grises et nues comme dans un rêve qui ne se décide pas à commencer. De ce côté de la lagune le monde s’emploie à s’abstraire de ses pâles perspectives, ou bien il les brouille pour en mélanger les plans rapprochés et les horizons évanouis, les distordant savamment jusqu’à en diffracter l’impossible profondeur de champ, et mêler la Grèce des philosophes à l’Italie des poètes. La tunique est grecque, la plage italienne, sur le sable Isadora danse l’éternité souriante de son désir. Isadora Duncan on the Lido in Venice (Raymond Duncan, 1903).

29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 20:49

mahanagar 1963 Satyajit Ray

Il suffit de considérer leur manière de dire oui. Au lieu de hocher la tête comme nous, ils la secouent, comme quand nous disons non : la différence de geste n’en est pas moins énorme. Leur non qui signifie oui consiste dans une ondulation de la tête (leur tête brune, dansante, avec cette pauvre peau noire, qui est la couleur la plus belle que puisse avoir une peau), avec tendresse, dans un geste empreint de douceur : « Pauvre de moi, je dis oui, mais je ne sais pas si c’est possible ! », et d’embarras, en même temps : « Pourquoi pas ? », de peur : « C’est si difficile », et même de coquetterie ; « Je suis tout pour toi. » La tête monte et baisse, comme légèrement détachée du cou, et les épaules ondulent également un peu, avec un geste de jeune fille qui vainc sa pudeur et montre effrontément son affection. Vues de loin, les foules indiennes restent gravées dans la mémoire, avec ce geste d’assentiment, et le sourire enfantin et radieux dans le regard, l’accompagnant toujours. Leur religion tient dans ce geste. Pier Paolo Pasolini, L’odore dell’India. Madhabi Mukherjee dans MahanagarSatyajit Ray, 1963.

Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.