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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 13:20

Wendell-Hotter-untitled-herbert-hotter-and-girlfri-copie-1.jpg

Bertie est rentré pour le week-end, et c’est un grand remue-ménage dans la petite maison de Fanny.  On va plutôt aller dans le jardin, non ? pendant qu’il ne pleut pas. Tant pis si les hortensias ne sont pas encore fleuris. Pourquoi donc Constance a-t-elle mis cette robe-tablier noire ? Est-elle encore triste ? comme toute cette dernière quinzaine ? C’est à celle qui aura le plus grand sourire. Bertie se tient droit comme un i ; c’est un homme si bon ! Quand il rame sur la barque, et qu’on voit ses larges épaules et ses bras d’acier, on est toutes prêtes à chavirer ! Ce dimanche, on va faire un concours, laquelle de nous aura le plus de penchant pour Bertie ? — il faudra bien, un jour, qu’il choisisse l’une d’entre nous. Je suis sûre que ce sera Meg, ses yeux sont plus clairs, ses mains plus douces ! (Meg, c’est moi, au cas où vous ne l’auriez pas compris…) Wendell HotterHerbert Hotter and girlfriends, Detroit, Michigan, 1910.

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22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 12:53

lamarr-Hedy-copie-1.jpg

On ne peut pas dire qu’elle ait encore beaucoup dansé, non ; son chevalier servant s’en est allé déjà, — ou bien il n’est pas encore arrivé, aussi l’attend-elle dans un coin du salon, dans le bouillonné de nacre de sa robe. Elle est sage. Elle n’ose pas trop sourire (peut-être son maquillage en souffrirait-il ?) Je me demande si les fleurs sourient, si près de son visage lumineux. Ses yeux clairs vous regardent intensément, et vous avez tout de suite l’impression qu’ils vous confient un secret. La beauté est-elle un secret quand le temps s’arrête ? Hedy Lamarr (Hollywood, années trente).

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 10:18

hiroshima.jpg

Ils sont là-bas, à Hiroshima, dans la difficile renaissance du monde, mais si Eiji Okada est prêt, Emmanuelle Riva, elle, est encore dans la souffrance absolue de son amour crucifié de Nevers. Resnais filme l’écroulement de la réalité et le surgissement de la modernité. Au milieu de cet incompréhensible balancement l’amour est douloureux. Le front d’Emmanuelle est soucieux. Elle va reprendre l’avion demain. Il faut donc aller jusqu’à Hiroshima pour « voir » Nevers, et revenir en France pour être encore dans l’inadmissible bonheur parfait d’Hiroshima. Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais (scénario et dialogues de Marguerite Duras, 1959). 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 15:08

doisneau

L’hiver est double, et la ville toujours lointaine, dans la brume grise du matin froid, paraît grelotter de l’autre côté du terrain vague. L’homme qui marche ne sait pas où il va. Je suis né dans cet hiver-là, ma mère allait dans les dis- pensaires chercher des sirops et des compresses. Je restais dans la nuit pâle et souffrante de ces journées vides, et je crois bien que je ne voulais plus vivre. Je regardais les yeux de ma mère, je sentais ses mains sur mon front, je respirais ses cheveux clairs. « Petit bonhomme », me disait-elle, et c’était tout à peu près. Je ressemblais à un petit chat perdu dans le fond d’un lit-cage oublié dans un coin. La chambre est un grenier de poussières et de vieilleries tarabiscotées ; moi aussi, je suis une vieillerie qui veille sur les choses abandonnées près de moi. Je les écoute rêver.

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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 01:52

arthur-rimbe-copie-1.jpeg

Il paraîtrait qu'il fut là, pendant cet après-midi africain, le second à partir de la droite, à la droite de cette femme mystérieuse sur ce pâle daguerréotype. Lui-même est passablement mystérieux, effacé, lointain. Il s’appelle Arthur Rimbaud, un type un peu loufoque qui vient du nord de la France, et se livre tout de même à de drôles d’affaires depuis pas mal de temps. Il paraîtrait qu’il écrivit, il y a quelques années, des poèmes. Aujourd’hui il est mêlé à de fructueux commerces plus substantiels. Ce photogramme m’a été adressé par Florent, de là-bas, de la Provence intérieure, du pays du soleil, et je l’en remercie vivement. Je ne suis pas du tout, mais pas de tout certain qu’il y ait deux Rimbaud comme on veut l’admettre communément ; pour moi, l’homme qui sillonne l’Arabie est le même que le poète, il ne peut en être autrement, le même que celui qui décrivit sa terrible, sa longue et cruelle et irrévocable descente aux enfers, — justement, exactement. Au plus près de ses retrouvailles avec l’absolu. Exactement, justement. L’homme sans aucune autre solution que celle de chercher perpétuellement l’or absent du monde. Une totalité irréversible. C’est pourquoi j’aime absolument les deux rimbaud, — qui ne sont définitivement qu’un seul et même Rimbaud à mes yeux. L’admirable défaite de la poésie. Sa durée. Son intensité. Sa folie. L’entiéreté de sa maladie, jusqu'à l'amputation de soi, la diminution d’être, la poésie qui dure dans son infernale impossibilité. Point.

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 19:49

 

« Récit d’une journée ordinaire, la voix intérieure paraît rendre celle-ci à la multitude des autres journées ordinaires, faisant sonner le ressac des heures indifférenciées. Le flux de la parole du narrateur est incertain comme la pensée sous l’effort d’un travail de mémoire, bousculée parfois par l’émotion. C’est un peu le texte en train de s’écrire qui est donné à entendre. » Les exilés, récit de Laurent Bouëxière, musique de Jean-Yves MalmassonPremière audition le 16 février 2010 à la MJC Boby Lapointe de Villebon-sur-Yvette (Essonne), dans le cadre de la série des Musicales du Mardi organisée conjointement avec le Conservatoire Municipal Érik Satie. Avec Pierre Aufrey, comédien, Pierre-François Truys, violon, Bertrand Malmasson, violoncelle, Pascal Mentin, piano. 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 19:29

1732.jpg

Je feuillette un vieux manuscrit ramassé dans un coin de grenier de la maison de mon oncle, à Villiers. Tout est calme dans ce manuscrit. Cela raconte un voyage en mer ; on dirait que le narrateur n’est pas particulièrement heureux de se rendre aux Afriques. Peut-être s’exile-t-il à la suite d’une triste affaire, et il ne sait plus très bien où il en est, — pour l’instant, en tout cas, le bateau file sous la lune, et aucune terre n’est en vue. L’écriture épouse ces moments de flottement, dans une sorte de demi-conscience, quand le cœur ne sait plus où s’appuyer pour continuer de vivre. Le prénom d’une femme revient dans le texte, mystérieux à souhait, une certaine Alphonsine, qu’on redoute d’avoir abandonnée dans un monde plein d’horribles dangers. À la lecture, peu à peu, on comprend que ces dangers sont aussi réels que nombreux, et qu’il ne faut pas s’éloigner trop longtemps de l’innocente Alphonsine.   

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 22:52

simone-weil-copie-2.jpg

Simone Weil a douze ans et demi, elle voyage avec son frère André et ses parents en Forêt-Noire. Elle ne changera plus de coiffure, et son regard restera aussi pur et franc, transperçant la « visibilité » des choses. Elle sait qu’elle aime voyager, mais les plus beaux voyages, c’est dans les livres qu’elle les fait. Elle n’arrêtera jamais de lire, ni d’écrire. Elle voudrait déjà plus de justice pour le monde, — elle n’a pas fini de se révolter, de se battre, et d’être toujours défaite. Les temps vont devenir de plus en plus sombres, et son temps à elle, elle le sait, est compté jusqu’au terrible.

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 15:21

luisa

 

« Elle a enfilé son ensemble neuf et elle s’étonne de sentir la jupe tourner autour de sa taille et la veste tomber souplement sur ses hanches. Elle a minci. Elle rassemble ses cheveux sur sa nuque, les enroule en un chignon lâche. Quand elle se regarde dans la glace de l’armoire, elle se reconnaît à peine, se trouve plus grande et sérieuse, est-ce qu’ils vont s’en rendre compte là-bas, au village ? » Marie-Claude Roulet, Luisa (Le Temps qu’il fait, 2010).

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 15:40

Childe-Hassam-Reading-1888-hunter-museum-of-art-chattanooga.jpg

J’avais enfin écrit un bout du début de mon premier chapitre (c’était une sorte de roman un peu flou que je comptais commencer avec le printemps, — j’y avais pensé tout l’hiver, ou presque), et, contrairement à ce que je faisais d’ordinaire, je le donnai à lire à Kitty. Le lendemain, elle était sagement sur la terrasse et le lisait tranquillement dans la première lumière. C’était peu avant huit heures, ce moment délicieux où l’air ne s’est pas encore chargé de chaleur. J’avais imprimé le texte sur deux ou trois feuilles pliées en deux (c’était un roman comique). Kitty lisait très sérieusement mes bêtises (ou alors elle faisait semblant). Vous la voyez ? Ne croiriez-vous pas qu’elle somnolât lâchement derrière le rideau blond de ses fines paupières ? Par contre, je ne vois pas du tout ce que ce chien fait là (nous n’avons pas encore de chien). Tout ce que je sais, c’est que lui, à coup sûr, il dort vraiment sur ses deux oreilles. À mon avis, c’est une petite chienne sentimentale. Elle s’appelle Framboise, ou Myrtille, je ne sais plus au juste. D’ailleurs, pour être franc, je l’ai collée dans mon bout de début de roman métaphysique. Suite au prochain numéro, vous voulez bien ? Childe Hassam, Reading, 1888 (Hunter Museum Of Art, Chattanooga, Tennessee).

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.