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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:27

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Ce n’est pas ce qu’on croit. Il y a deux mondes, celui que nous rêvons et celui dans lequel nous rêvons, — il se pourrait même que nous vivions précisément dans le monde que nous avons rêvé, et c’est peut-être dans ce dernier qu’Augustine a demandé à Oswaldo de venir la rejoindre à l’hôtel des Deux Mirages, avenue des Cœurs brisés. Il a reçu une petite enveloppe toute rose comme sa robe dans laquelle un petit mot écrit à l’encre bleue comme ses yeux disait : « Cher Oswaldo, soyez donc mon tendre Pierrot, ce soir, vers vingt-deux heures trente-sept aux Deux Mirages. La lune m’a parlé de vous, et si vous êtes aussi sage que doux, je vous dirai tout ce qu’elle m’a dit, — à l’oreille. Augustine Latour. » Nous voilà donc dans une drôle de petite romance. Augustine a mis sa robe rose, et ses yeux sont toujours bleus dans la nuit fragile du petit salon. Une fois prochaine je vous dirai ce qui se passa dans le cœur affolé de ce très timide Pierrot d’Oswaldo, — si vous êtes sage. (Auguste Toulmouche, Le baiser 1886). 

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 14:49

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« Ken Harris avait passé l’après-midi devant sa machine à écrire, face à une page blanche. C’était l’hiver et il neigeait. La neige étouffait les bruits du dehors, et le silence était si grand, dans l’appartement de Greenwich Village, qu’il était gêné par le tic-tac du réveil. Il s’était installé dans la chambre pour travailler, parce qu’elle contenait les affaires de sa femme, et ça le rassurait, ça lui donnait l’impression d’être moins seul. » Carson McCullers, Qui a vu le vent ? (in Le cœur hypothéqué, traduit par Jacques Tournier, Stock, 1977).

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 14:36

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« En ce temps-là, Novalis ne vécut que pour sa douleur. Il lui devint naturel de considérer comme un monde unique l’univers visible et l’invisible et de ne distinguer plus la vie d’avec la mort, sinon par le nostalgique désir qu’il éprouvait de celle-ci. Mais en même temps sa vie elle aussi fut transfigurée et tout son être s’abîma dans le rêve lumineux, entièrement conscient, d’une existence plus haute… Il demeura de longues semaines en Thuringe, puis, consolé, vraiment transfiguré, s’en vint reprendre ses occupations plus assidûment que jamais, et bien qu’il se consi- dérât comme un étranger sur la terre. » Ludwig Tieck (traduit par Gustave Roud, in Novalis, Fata Morgana, 2002)

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 01:32

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On nous a promis que, si on était sages, Armand et moi, on irait, oui, au bord de la mer. Sages, je ne sais pas si on l’a beaucoup été, mais on s’est bientôt retrouvés devant une drôle de grande chose grise qui bougeait tout le temps. C’était ça, la mer, paraît-il, — c’est ce qu’on nous a dit. C’est juste derrière le petit mur que vous voyez là. Il y a une immense bande de sable qui nous en sépare, et hop ! la mer est là-bas. Il paraît qu’elle va s’avancer dans l’après-midi et venir presque toucher le mur. C’était la première fois qu’on y allait, nous, Armand et moi, à la mer. En fait, c’est rien que de l’eau, la mer, et les drôles de remous dessus, c’étaient des vagues, qui montaient et descendaient sans arrêt. Papa a retroussé les manches de sa chemise et remonté ses pantalons, et on a marché, tous les trois, dans l’eau qui nous fouettait les jambes. Armand, cet idiot, avait même un peu peur qu’un gros poisson lui morde un mollet. 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 19:12

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« On peut considérer les siècles passés comme de grandes avenues sur lesquelles certains esprits curieux et nostalgiques, mécontents de leur époque, vont prendre l’air et se délasser — car les époques sont toutes fatigantes lorsqu’on est forcé d’y vivre. Naturellement, ces gens se promènent dans l’espoir de faire des rencontres. Ils ont des mines de fureteurs et des visages d’oncles tutélaires. Ils courent à d’étranges rendez-vous, car ce sont des frôleurs de fantômes. Et l’on voit des étoiles filantes suivies par de vieux marcheurs célestes. » (François Bott, La demoiselle des Lumières, Coll. L’un et l’autre, Gallimard,  1997.)

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 14:57

 


 

 

 

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 00:10

Kammende-Madchen-Zuerich--um-1955-gottahard-schuh.jpg

Elles s’appellent Käthe et Gisela ; sont-elles sœurs, cousines ou simples amies ? Elles viennent tout juste de se réveiller. J’imagine que c’est le début de l’été, la lumière dans la chambre est celle d’un juillet paresseux. Vite, une grande journée nous attend : ne doit-on pas aller se promener dans la campagne, peut-être même ferons-nous un tour en barque sur le lac comme la dernière fois, tu t’en souviens ? Pour l’instant il faut se coiffer, — si on veut ressembler à quelque chose au petit déjeuner… Gisela a envie d’avoir les cheveux courts maintenant. Tu es folle ! ce serait un crime de les couper ! Gotthard SchuhKämmende Mädchen (Zurich, um 1955).

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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 00:21

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C’est une jeune fille sérieuse de seize ans qui étudie les lettres dans un collège de Londres. Elle joue du violoncelle et s’ennuie un peu dans sa petite vie grise d’un Tottenham petit-bourgeois. Elle aime les romans, la philosophie, le Paris des chansons de Juliette Gréco, et, vraisemblablement, aussi, l’amour. Elle s’appelle Jenny, et, si tout se passe bien, elle se destine dès l’année prochaine à de très brillantes études dans un Oxford select et tiré à quatre épingles — n’était, il est vrai, quelques toutes dernières petites difficultés en latin. Elle va rencontrer un David qui promène en vieille Bristol de sport couleur bordeaux son élégante distraction interlope, et pour qui elle va devenir une « Mimie », une petite souris de plus qu’il lui faudra séduire. L’histoire est sans doute aussi vieille que l’amour même. À la fin, son chignon, sa robe de fiançailles rendent Jenny un peu trop adulte, — mais ses larmes, elles, ont encore dix-sept ans. Pour toujours. Une éducation, film de Lone Scherfig, avec Carey Mulligan et Peter Sarsgaard.
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 16:52

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 10:19

persiennes-copie-1.jpg

« Lorsque Lucien Leuwen entre à Nancy avec son régiment, il tombe de cheval, rue de la Pompe, devant des persiennes vert perroquet dont l’une est entrouverte. En se relevant au milieu d’un éclat de rire général, il aperçoit derrière un rideau de croisée une jeune femme blonde, aux cheveux magnifiques et à l’air dédaigneux, que sa mésaventure amuse franchement. Quelques semaines plus tard, monté cette fois sur un petit bidet hongrois de fort méchante humeur, il tombe de nouveau face aux mêmes persiennes, et la jeune femme aux cheveux cendrés se tient, là encore, derrière son rideau. Entre-temps il a su son nom : Madame de Chasteler, mais ne se doute pas qu’il va en tomber amoureux. » (Jacques Tournier, Des persiennes vert perroquet, Calmann-Lévy, 1998.)
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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.