Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 14:25
rue de courcelles

« (…) Et l’appareil, à qui d’autre appartiendrait-il qu’à Robert ? Le vingtième siècle s’ouvre. Le jeune chirugien apprécie tout ce qui est moderne, toutes les nouveautés de la technique. C’est un Folding, certainement, c’était facile à manier, ou qui sait même un stéréoscope Ligier, cette petite machine qui ne cessera, parallèlement à l’invention du cinéma, de mettre l’époque sous vide. Robert Proust a préparé la prise de vues, il a montré à son frère comment procéder, puis il est retourné prendre la pose, non sans inquiétude pour la réussite de l’opération. Après s’être contorsionné car le balcon est étroit, l’exécutant a pris appui sur la ligne floue qui est au centre de l’image, la rambarde au-dessus de la ville. Au bout du balcon de la rue de Courcelles, c’est Marcel que regardent pour toujours le père et le frère, c’est lui l’absent que, nous, nous voyons, si seul, au fond de leurs yeux. » Jérôme Prieur, Proust fantôme, Gallimard, Le Promeneur, Paris, 2001.

Repost 0
24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 23:18
viens à vienne je t’attends

(…) Un train arriva le lendemain, aux alentours de minuit. Celui-là, disait-on, avait au moins l’avantage de prendre la direction dans laquelle se trouvait Vienne, selon toute vraisemblance. Ce fut dans ce train-là qu’embarqua Mendel, le porteur d’eau. Il parvint vingt-huit heures plus tard à la Nordbahnhof de Vienne. Un douanier inspecta ses bagages. L’agent sortit le haut-de-forme de Mendel de sa boîte. « Que faites-vous avec ce haut-de-forme ? » questionna-t-il. Mendel ne sut que répondre. Le chapeau lui venait de son beau-père, un boucher. Il ne l’avait jamais porté, mais l’avait toujours considéré comme un exceptionnel trésor. « On ne porte pas de haut-de-forme à Vienne ? » demanda Mendel. « Si, lui répondit l’agent, en audience pour voir l’Empereur ! — J’irai peut-être voir l’Empereur », rétorqua Mendel. Et l’agent rempaqueta le couvre-chef. Joseph Roth, Mendel, le porteur d’eau, L’Herne, septembre 2015.

Repost 0
20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 12:23
luciole, luciole

À la nuit, pour atteindre la porta Romana et aller me perdre dans Florence, je descendais des hauteurs de Bellosguardo par des sentes qui dégringolaient au milieu des jardins et des prés d’une campagne sauvage. C’était là qu’à mi-pente, entre fossés et talus, s’étendait le royaume des lucioles qui perlaient dans les hautes herbes en d’innombrables constellations. Je n’osais plus avancer ; saisi d’un trouble enivrant, j’aurais voulu disparaître dans ce bal de scintillements, m’abîmer dans ce banquet d’étoiles où s’amoncelaient, à portée de vertige, des infinis insoupçonnés. C’était comme un rêve vivant où l’espace intervertissait ses polarités : la terre venait de basculer tout contre le ciel tandis que toute la voûte céleste s’appesantissait désormais parmi les chemins endormis de Bellosguardo. Est-il plus grand miracle, pour un promeneur égaré dans un pays étranger, que d’aller ainsi timidement à fleur de ciel ? et d’y côtoyer mille trésors qui s’y dissimulent dans les herbes tièdes ? On me dit qu’aujourd’hui, ici comme ailleurs, partout, les lucioles auraient disparu et ne viendraient plus étoiler de leurs pâles confidences nos paisibles nuits d’été. Où se sont-elles en allé ? De quel crime s’étaient-elles rendues coupables que nous les eussions ainsi chassées du labyrinthe de nos rêves ? Un jour, je retournerai du côté de Bellosguardo dans le jeune été de mes rêveries, et j’y saluerai par les sentes éteintes le souvenir de mes amies perdues. (photographie : Heidi, secondcupofcoffee.wordpress.com)

Repost 0
5 octobre 2015 1 05 /10 /octobre /2015 14:48
la vie simple

Comme la vie est simple quand, avec ses tout derniers euros, on s’offre tout de même un recueil de petites proses de Robert Walser, qui vient de paraître ces jours-ci aux éditions Zoé. Ce sont pourtant de vieilles, si vieilles chroniques, jetées un peu au hasard du feuilleton de la rubrique « culturelle » du Berliner Tageblatt d’il y a, pour les premières, plus d’un siècle… pour gagner tout juste sa guigne et le faible droit de continuer nonchalamment à déambuler dans les pauvres rêves fous d’être un jour, qui donc ? Robert Walser ? Cela se raconte-t-il ? cela peut-il se diviser, se multiplier, dans le miroir dansant de ces proses délicates soustraites à la marche du monde qui va toujours son bonhomme de chemin à Berlin comme ailleurs, — ni plus, ni moins. Je laisse mon bout de manuscrit en plan, je prends le précieux livre avec moi et je cours vite au Jardin vert, pour en partager la lecture avec les chèvres, les oiseaux, et quelques petits reflets d’une incertaine lumière d’automne dans le feuillage des grands arbres rêveurs. Tout en lisant dans un autre siècle, je vais grignoter un carré de chocolat d’aujourd'hui. Qu’est-ce que je vous disais ? La vie est simple.

Repost 0
30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 17:09
les livres

« Les livres ont beaucoup de qualitez aggreables, à ceux qui les sçavent choisir ; mais aucun bien sans peine : c’est un plaisir qui n’est pas net et pur, non plus que les autres ; il a des incommoditez, et bien poisantes ; l’ame s’y exerce, mais le corps, duquel je n’ay non plus oublié le soing, demeure ce pendant sans action, s’atterre et s’attriste. Je ne sçache excez plus dommageable pour moy, ny plus à eviter en cette déclinaison d'aage. » Montaigne (Les essais, livre troisiesme, chapitre III).

Repost 0
23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 12:15
bienne, ce dix-neuf de juin 1917

Ce dix-neuf de juin 1917, de Bienne, Robert Walser écrit aux éditions Huber & compagnie. Il ne semble pas trop se laisser facétieusement aller à ses habituelles bouffonneries. Il faut dire que l’affaire est de la première importance : il s’agit de la mise en pages de son livre Vie de poète. Après avoir, d’entrée, réclamé ses honoraires qui auraient dû lui être versés, selon l’article quatre du contrat, au moment de sa signature, — il demande poliment qu’on veuille bien régler « la chose », il passe donc sans transition à ce qui le préoccupe au premier chef : l’échantillon de composition qu’on lui a fait parvenir. Alors là, aux yeux de l’écrivain, ça ne va pas du tout, du tout. D’accord pour le papier, mais cette police de caractères, non merci ! Elle est trop pointue et anguleuse pour un livre tel que Vie de poète. Il se refuse à donner son accord à ce qu’il trouve trop recherché, et, de plus, trop peu populaire. Composé de la sorte avec cette police, il ne peut nier que son livre le consternerait. Tout simplement. Nous ne voulons pas d’une antique, mais bien plutôt d’« une gothique toute simple, à l’ancienne, honnête, rappelant les manuels scolaires et les livres de lectures, sobre, loyale, non-réformée, tout à fait traditionnelle, chaude et surtout : ronde ». Bonté divine ! il précise « rien d’anguleux, rien de dur, mais quelque chose de gentil et de souple ! » Faut-il encore le répéter ? oui, répétons-le donc : la composition doit avoir un aspect souple, rond, modeste, chaud et honnête. Alors il est temps pour l’écrivain de formuler son vœu le plus ardent et le plus cher dans cette affaire : la non-modernité ! Le mieux ne serait-il pas qu'on ait l’obligeance de lui envoyer un, deux ou trois échantillons ? Dès le début du troisième paragraphe de sa lettre, il se demande tout à coup : « À quoi bon le trait, en haut ? » Il demande à qu’on lui pardonne d’estimer qu’il est entièrement superflu. Soyons clair : il aimerait n’avoir dans ce livre aucun autre ornement que le joli texte lui-même, qu’il souhaite pour cette raison « pimpant et délicat ». Pourquoi garderions-nous cette lettrine ? supprimons-la, puisqu’elle contrarie l’effet décoratif et expressif du titre de la prose. Il argumente sans tarder : « La lettrine n’apporte que de l’agitation, elle abolit ou perturbe la claire sobriété ». Pour la foliotation, gardons à l’esprit les mêmes principes de simplicité, optons donc pour un folio centré, et souhaitons que l’éditeur en conviendra. Pour ce qui est des titres des pièces, choisissons un caractères plus grand, quitte à ajouter tout de même un peu d’encre et un peu plus de vigueur. S’il se présente un intertitre ou un sous-titre, composons-le donc sur le modèle de ce qui a été fait pour « Voyage à pied ». L’auteur implore que son livre doit avoir l’air allemand, et non pas assyrien ou égyptien. Il demande enfin si l’éditeur est en possession des classiques comme Schiller, Lessing, Goethe, etc. ? car tel est son principe : aucun ornement douteux, mais une simplicité noble, efficace. Il est temps maintenant de prendre congé (ne devrions-nous pas partir en promenade très bientôt ?) et dans l’attente de recevoir d’autres échantillons, attestons que nous restons vivement intéressé « par tout ce qui touche à l’habillage de Vie de poète, avant de prier le destinataire d’agréer nos respectueuses salutations, signé : votre Robert Walser. Ouf ! voilà une bonne chose de faite. J’imagine un peu la tête que ferait un éditeur d’aujourd’hui recevant une telle missive. Quel olibrius se permettrait de nos jours, maintenant que nous sommes si modernes, de se préoccuper de la sorte de la mise en pages de son livre ? — je pose donc cette question en italiques corps neuf.

Repost 0
6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 15:37
marcher vers

« (…) Qu’importe que cette lumière fût de telle ou telle saison, à tel ou tel endroit de la terre. Il avait toujours eu besoin de la lumière sur son visage, sur son corps, jusque dans les livres. Il ne lisait plus que des livres emplis de lumière, même si parfois il s’agissait de livres ténébreux. Il existait encore de tels livres ou de tels livres, éloignés dans le monde, étaient en préparation ou avaient survécu, mais le monde l’ignorait, et cela lui paraissait très bien, devenait sa fierté, était l’image même de l’innocence en un temps où tout ce qui apparaissait, montait à la surface, était sur-le-champ, inepte, souillé, mensonger, seul l’important, l’essentiel savaient demeurer dans l’invisible. L’innocence ne se prêtait pas au spectacle. Il avait toujours eu cette impatience après avoir traversé les blés, les champs, les bois, au-delà de la lumière des paysages familiers, de rencontrer des œuvres vraies qui n’étaient pas en somme de la littérature culturelle, des livres faits pour distraire l’esprit, mais l’expérience même de la vie, jusqu’aux grands risques qu’elle convoque. Un livre semblable, il l’avait découvert dans la nature, l’éprouvant durant de longues années lorsqu’il était seul dans une campagne perdue, vivant dans une ferme où tout l’accordait au monde, à ce monde aujourd’hui effacé. Il ne sait plus très bien quel est ce nouveau monde qui a remplacé l’ancien, et il murmure cela sans nostalgie car aucune forme n’est éternelle. Oui, ils furent quelques-uns à avoir vu s’élever les perdrix lors des moissons, les champs nus à la tombée du soir, la sueur sur les tempes, les dos ensoleillés, les rires au fond de granges ressemblant à de grands vaisseaux, les bêtes revenant aux étables, les fontaines de pierre, et nous n’avons même pas eu le temps de voir ce monde s’écrouler. Nous sommes là maintenant et nous devons continuer. Il ne sait plus comment vint à lui l’œuvre du solitaire de Carrouge. Souvent, les livres nous aimantent, nous les découvrons par le plus pur des hasards et il sut là, en voyant une photographie, qu’il découvrait une œuvre fraternelle, celle d’un qui, contrairement à lui n’avait guère bougé, Gustave Roud se contentant de l’étroit royaume du Jorat, une ferme, des seuils, des auberges, de la rencontre de quelques-uns, tous au sommet de la vie telle que la poésie véritable la nomme. Un char, des bêtes, des hommes. Lui-même avait vécu cette image, avait soulevé les fourches, déposé sa fatigue sous les frênes, jeté ses vêtements comme des haillons au crépuscule avant de plonger son corps dans l’eau glacée des fontaines, traversé les seigles, les froments, monté les pyramides de foin, nettoyé ses narines encombrées de poussière, glissé les jambes sous la table tirée au dehors dans la cour enveloppée par la nuit, ri jusqu’à l’aube avec les sédentaires d’ici lesquels, pour la plupart, n’avaient jamais vu la mer. Alors que le lointain depuis toujours l’attirait, lui, l’abandonné des villages perdus. (…) » Joël Vernet, extrait de Marcher vers (Slovénie-Mali, été 2013-printemps 2014), in n°3-4 du bulletin de l’association des amis de Gustave Roud. Dessin de Dominique Hérody.

Repost 0
21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 22:05
Jean Daragane

Il n’est pas encore dix-huit heures et la nuit tombe déjà, mais le ciel est encore presque clair au-dessus des lampadaires qui viennent de s’éclairer le long de l’avenue. Je me suis installé à la terrasse du petit café Chez Dany, sous les arcades, au bout de la rue de Saintes. La station-service est abandonnée depuis tant d’années et, depuis, cet endroit est devenu déprimant, même s’ils ont refait dernièrement le café à neuf. J’attends Catherine qui est de permanence à la bibliothèque. À la lumière de l’éclairage public, je lis le dernier roman de Patrick Modiano. Un personnage féminin, Chantal Grippay, habite un peu plus loin dans la même rue que Gilles, à Paris. Seul sur cette terrasse déserte, j’ai la vague impression que la réalité est aussi distante, précaire et indéfinie que dans les premières pages du roman. À ce moment-là, avec le soir qui vient, il me semble que je baigne dans la même ambiance mouvante d’ombres et de clairs-obscurs du livre. Je me dis que c’est assez émouvant de lire Modiano devant ce carrefour, avec ses feux de circulation qui rythment le flot alterné des automobiles, et ses rares passants regagnant le faubourg proche. La réalité ressemble parfois à un rêve. Ou bien c’est lui qui prend ses quartiers à l’intérieur même d’une réalité pâle et indécise.


Repost 0
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 02:29
späte prosa (1951)

« Il est souvent arrivé qu’un écrivain ou un artiste, en créant une œuvre, ait concentré loyalement et patiemment tous ses efforts sur tel ou tel but et que ce ne soit pas ce but qu’il ait atteint, mais d’autres, auxquels sont liés des effets différents et dont il n’avait pas la moindre idée ou qu’il discernait à peine et qui lui paraissaent beaucoup moins importants que ceux qu’il poursuivait. » Herman Hesse, Le mendiant, traduit de l’allemand par Edmond Beaujon, Calmann-Lévy, 2012.

Repost 0
23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 23:37
ces jours-ci, le paresseux voyage par la poste

Le numéro trente et un du paresseux vient de sortir. Nous avons envoyé, lundi, une petite quarantaine d’exemplaires à notre petite quarantaine de précieux abonnés. À ce jour, les tarifs postaux sont énigmatiques. En « écopli », cela coûte un euro et vingt centimes, mais la lettre ne doit impérativement pas dépasser les 100 grammes ; au-delà, il ne nous reste plus que la formule « lettre verte » pour échapper, d’un cheveu, au plein tarif d’un euro et soixante-cinq centimes. Cependant, nous avons un ami abonné en Belgique, — destination pour laquelle, par miracle, il existe un tarif « livre et brochure », qui nous permet d’acheminer en toute légalité notre paresseux pour… quarante-six centimes d’euros ! à peine un peu plus, si je compte bien, que le tiers du prix pour la France ! Comprenne qui pourra. En somme, pour nous résumer, l’avenir de notre journal littéraire dépendra, en partie, du nombre d’abonnés que nous aurons dans les provinces de Belgique.

Repost 0

Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
  • Contact

visites

Recherche

il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.