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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 00:53

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C’est le roman de Hugh Conway dont Emily parlait quelquefois dans ses lettres à ses cousines Louise et Fanny (et même dans sa toute dernière missive : « Little Cousins, Called Back. Emily. » Celui-ci doit être absolument son exemplaire, posé sur la petite table d’écriture et caressé par l’or chaud de la lumière d’automne. À Amherst on le garde très précieusement, comme tout ce qu’elle a touché dans sa vie recluse, la plume, le vase, ou la serviette de toilette. La maison est toute propre, le ciel délavé, — mais les saisons ont pris peur et se sont vite cloîtrées dans ses rudes poèmes. Avec la poussière endormie des longs pays rêvés. (Tiens, on dirait qu’il neige sur les arbres ce matin.)
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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 14:09
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… Sans doute, on voit bien qu’il s’est frotté au beau monde, et qu’il connaît son Marivaux. Mais c’est toujours la vieille querelle : lui fera-t-on grief de certaine singularité d‘expression ? Singularité nécessaire, répond Jacob, quand « il est question de rendre ce qui se passe dans l’âme, cette âme qui se tourne en bien plus de façons que nous n’avons de moyens pour les dire, et à qui du moins on devrait laisser, dans son besoin, la liberté de se servir des expressions du mieux qu’elle pourrait, pourvu qu’on entendît clairement ce qu’elle voudrait dire, et qu’elle ne pût employer d’autres termes sans diminuer ou altérer sa pensée ». Je ne connais pas de meilleure leçon.
(Marcel Arland, préface au volume Romans de Marivaux, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1949).
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 19:34

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C’est à Berlin à la fin des années vingt du vingtième siècle. Wolfgang, un jeune représentant, invite Christl à la plage de Wannsee. Pourquoi pas ? Erwin, le voisin de Wolfgang, chauffeur de taxi de son état, l'accompagne, — Christl n’a-t-elle pas eu la bonne idée de venir avec sa blonde amie Brigitte ? Les acteurs ne sont pas professionnels, mais derrière la caméra il y a Robert Siodmak et Edgar Ulmer, et le scénario a tout de même été concocté par certains Billie Wilder et Fred Zinnemann, — rien que du beau monde pour ce film qui est une pure merveille de spontanéité, de fraîcheur, de jeunesse et de liberté. Le cinéma est devenu parlant depuis déjà quelques mois, mais du côté de Wannsee on tourne en muet soixante-quinze minutes d’un film néoréaliste avant la lettre. La nouvelle vague n’est pas loin, qui attendra cependant trente ans avant de s’afficher définitivement, — sans jamais dépasser ce moment miraculeux où, sur les berges de Wannsee, des jeunes filles tombent amoureuses et n’osent se l’avouer. (Menschen am Sonntag, Les hommes le dimanche, People on sunday, je crois bien qu’il existe un dvd disponible dans l'e-commerce, — il faut juste tomber dessus… mais ce n’est peut-être pas aussi simple qu’il n’y paraîtrait !)
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 01:06
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« Le moment paraît donc venu de passer devant et de prendre le chemin de mon logis ; mais le moyen de le retrouver ? Au Caire, les rues n’ont pas d’écriteaux, les maisons pas de numéros, et chaque quartier, ceint de murs, est en lui-même un labyrinthe des plus complets. Il y a dix impasses pour une rue qui aboutit. Dans le doute, je suivais toujours. Nous quittons les bazars pleins de tumulte et de lumière, où tout reluit et papillote, où le luxe des étalages fait contraste au grand caractère d’architecture et de splendeur des principales mosquées, peintes de bandes horizontales jaunes et rouges ; voici maintenant des passages voûtés, des ruelles étroites et sombres, où surplombent les cages de fenêtres en charpente, comme dans nos rues du Moyen Âge. La fraîcheur de ces voies presque souterraines est un refuge aux ardeurs du soleil d’Égypte, et donne à la population beaucoup des avantages d’une latitude tempérée. » Gérard de Nerval (Les femmes du Caire, in Voyage en Orient.)
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 12:40
manuscrit tagore

« Elle se mit à songer que si son mari revenait, la vie cesserait d’être insipide et que le printemps ne refleurirait pas en vain. Combien de fois n’avait-elle pas tracassé son compagnon par de stériles disputes ou de vaines querelles ! Dans toute la sincérité de son cœur repentant, elle se promit de ne plus contrarier les désirs de son mari, de supporter son autorité et de se plier d’un cœur tendre à tout ce qu’il pourrait souhaiter de bien ou de mal ; car un mari est tout, un mari est l’objet le plus cher de l’amour, un mari est divin. (Rabindranath Tagore, in La sœur aînée, Mashi, Connaissance de l’Orient, Série indienne, Gallimard, 2002).
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 11:41

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« Un écrivain — mais lequel ? — appela son cabinet de travail le “ pensoir ”. Il dit aussi qu’il le considérait comme son “ second crâne ”. Mon second crâne vaut moins encore que le premier, mais il est plus curieux. Voilà pourquoi je me risque à le décrire. Un monsieur au goût exquis et qui aimerait le luxe sourirait de pitié à la vue de cette pièce tapissée de rouge fraise, où pas un meuble n’est signé, où les étagères sont faites de planches nues et blanches, vernies seulement à l’extérieur, où l’écritoire semblerait tout juste décorative à un écrivain public, où pas même cent cinquante des quatre mille volumes qui s’y entassent possèdent une reliure qui ait coûté plus de vingt sous. » Edmondo de AmicisMon atelier, in Le livre est sorti, éditions Farrago 2005).
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 23:04

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Tel que vous me voyez j’attends patiemment que ma copine ressorte du magasin. Elle est allée encore s’acheter des gants, un imperméable, deux shorts, trois jupes, des escarpins, une robe du soir longue comme une journée sans luzerne et pas moins de douze chemisiers, — tout ça. Elle m’a dit ce matin : « Je n’ai vraiment plus rien à me mettre, et la saison arrive à grands pas où il faudra que je sois présentable. Tu ne voudrais pas qu’au printemps je ne puisse pas mettre un museau dehors ? » J’ai fait le type rudement compréhensif, vous pensez.  Oui, bien sûr, s’il ne s’agit que de ça, on ne va pas se mettre à mégoter, n’est-ce pas ? Il faut quand même s’habiller quand on est une demoiselle de son époque. Je trouve juste que ça prend tout de même un peu de temps depuis trois plombes (et il commence à pluvioter). Mais je suis un gars optimiste, je pense qu’elle va bien finir par ressortir d’ici peu derrière un sourire aussi grand que ses paquets. Ce soir, je vais dormir sur mes deux oreilles, — c’est moi qui vous le dis.    
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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 12:51
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Je connais une petite fille qui ressemble vraiment beaucoup à Jeanne. Elle habite la grande ville de Paris, en France. Elle aussi attendra bientôt sa maman à la sortie de l’école, elle aussi elle aura un joli bonnet et un manteau avec huit gros boutons et de larges rubans. Comme elle sera très sage elle aussi, on lui mettra également des rubans à ses souliers noirs pour marcher et courir dans le grand monde. Je me demande à quoi elle pense, cette petite fille. Elle est très impatiente. Bientôt, bientôt elle aussi elle aura un beau cartable comme son papa. Elle y mettra ses crayons et ses cahiers, et puis le dernier rêve de sa nuit, — quand un colibri se posa sur sa main. (Fernand Khnopff, Jeanne Kéfer, 1885, The Getty Museum, Los Angeles).
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 19:15

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Voici onze lettres que Jerome David Salinger adressa à son voisin Michael Mitchell qui habita, lui aussi, à Westport dans le Connecticut. Ces quelques pages dactylographiées vont être bientôt dûment exposées à la Morgan Library de New York. Dans ces lettres j’imagine que « Jerry » lui dit qu’il aime la vie, les soirées de printemps dans le Connecticut (où l’une de ses nouvelles résidait en compagnie d’un certain Wiggly, un oncle déglingué, si je me souviens bien), ou encore les parties de ping-pong embrouillées avec une nièce rebelle (« Je te dis que je mène 20-14, c’est ma première balle de match dans la deuxième manche, et je te rappelle à tout hasard, ma chère Phyllis, que j’ai remporté la première haut la main 21-7 ! ») Jerry n’écrit plus. Il se sent fatigué. Ce soir Claire a préparé de savoureux nachos, — youpi ! (photo New York Times)
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 00:07
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Il y a très longtemps que je n’ai pas revu ce film prodigieux, — d’ailleurs ce n’est peut-être pas un film, mais plutôt une terrible dramaturgie (il y a très peu de dramaturges cinéastes mais Carl Theodor Dreyer en est un, comme John Ford). C’est encore l’histoire d’une femme qui rêve (un peu à la manière de l’Hedda Gabler d'Ibsen) et qui sent l’amour se perdre et lui échapper. Elle n’en finit pas de le savoir, mais elle ne parvient pas à le comprendre. Gertrud traverse les salons froids et austères de son infini désenchantement. Qu’est-ce que l’amour — on ne met pas de point d’interrogation dans ce cas-là, on laisse la phrase épouser l’incertitude d’une vie. Gertrud nous ravit notre propre élan.
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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.