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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 12:13
norac 
Il n'y a pas d’urgence à vivre. Personne ne me couvre de poudre blanche. Janvier vaque sans moi à son désordre. L’hiver fait des pointes, ne danse pas. Pas de faulx dans les prés, que des semaines à enterrer ou des marais sans poissons brillants. Comme un enfant je joue sous la première grêle. Je ferme les yeux pour ne plus avoir d’âge. Je lance çà et là des balles d’ombre. Je couds la nuit entre moi et vos rêves. Elle tient. Je fais mon temps, je respire. Tout ce qui passe sépare les humeurs. Je me perds si souvent qu’au fond je m’y retrouve, errant posé bien carré sur le seuil. Il n’y a pas d’urgence à vivre. Mon pouls régulier, presque trop, m’emmène où l’on ne m’attend pas et c’est un ciel fourbu en moi qui se relève. (in Lamento)
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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 00:22

 

Michel est en forme, il a l’air heureux de parler de son vieux copain philosophe. Je me demande s’il l’a connu, Gaston — peut-être. Ils seraient allés boire un café dans un petit bistrot de banlieue et se seraient racontés de drôles de choses sur le monde comme il va (comment va-t-il ?). C’est étrange de les imaginer tous les deux, l’un est un homme du dix-neuvième siècle (il est tout de même né sept ans avant la mort d’Arthur Rimbaud) avec sa barbe biblique et ses yeux rieurs ; l’autre est presque du vingt et unième siècle, sa pensée file loin devant les époques, pour mêler tous les savoirs. « Tu reprendras un café, Gaston ? » 
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 19:46
brumes.jpg

Quelquefois on retrouve un vieux livre de poche dans sa bibliothèque (qui n’est toujours pas rangée, ni classée, oh le vilain bibliothécaire que je suis !), et, dès les premières lignes, la prose lancinante et ravageuse de Francis vous tourneboule les sens : « Il n’était que trois heures de l’après-midi, mais une petite brume roussâtre flottait entre les antiques et sordides masures de la rue des Bouchers dont les façades aux frontons à redans et les toits de tuiles noires suintaient d’humidité. Sur les trottoirs, sur les pavés, la même humidité visqueuse faisait briller la terne lumière du jour. »
Un peu plus loin, après avoir fait connaissance avec Feempje, le patron du
Montparnasse, on ira même faire un petit tour dans le passage d’Une-Seule-Personne ! (si vous avez l'estomac bien accroché, vous pouvez continuer votre chemin.) Bon, j’ai l’impression qu’on est bel et bien arrivé au pays des marloux et des pauvres filles de quatre sous. J’ai l'impression que ça va barder d’ici peu ; je vous tiens au courant !
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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 22:56
federico-isabel.jpg
 Je les trouve si merveilleusement beaux, tous les deux, la petite sœur et le grand frère. Nous sommes à Grenade, en 1914. Le monde est encore à peu près debout, — pas pour longtemps. C’est l’heure de la lecture. Les poètes donnent-ils jamais des leçons de lecture ? je ne crois pas. Il doit plutôt lui raconter des histoires. Les histoires, c'est toujours magique, elles sortent des livres et des images, et vous font le cœur battre plus fort.

(Isabel et Federico Garcia Lorca, Granada, 1914) 
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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 13:38


La petite sœur de Billie a un sourire d’ange, grave et naturel. Ce n’est pas le genre de fille qui se maquille pendant des heures et passe trois plombes chez le coiffeur avant d’entrer en scène. D’ailleurs on ne sait même pas qu’elle est en scène. J’ai même l’impression qu’elle est venue pieds nus, mais sa voix, c’est un dimanche au bord de l’eau. 
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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 19:53

 


Belles et élégantes gentes dames et ravissantes demoiselles se promènent à l’infini dans la ville, en robe, en jupe ou en pantalons, elles ouvrent les fenêtres, descendent les escaliers, passent les portes, courent les rues et les faubourgs, sourient au monde devant la caméra d’Alberto Lattuada ; elles vont partout où le soleil leur promet l’amour, car il peut faire soleil sur une pellicule en noir et blanc de 1953, ce même soleil fulgurant que le neo-réalisme a volé dans les récits douloureux et précis de Cesare Pavese. C’est l’Italie, le pays des mamas, mais là, elles n’en sont pas encore, des mamas, mais ça viendra, elles y pensent, elles y croient, elles en rêvent, — vite, vite, Gino m’attend ! qu’est-ce que je vais prendre si je le fais attendre !… 


Si vous avez un peu de chance, à la fin du film,
cliquez sur L’amore in città part II la seconde video en partant de la gauche dans le menu défilant, et si vous êtes patient, après bientôt 4'45 d’images aussi envoûtantes qu’ensoleillées, vous arriverez peut-être à monter, vous aussi, dans l’autobus. La musique (qui nous tape un peu sur les nerfs depuis le début, avouons-le) s’arrête. À la fin vous êtes seul avec la charmante demoiselle, vous descendez avec elle, mais après ce carrefour la route est encore longue… Vous n’aimez toujours pas le cinéma ? 

 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 23:41

images  

C’est presque minuit, au Taj Mahal flotte l’air d’un marché qui ferme boutique. Le grand hôtel, l’un des plus renommés du monde, miné de part en part de corridors et de salons aux plafonds très hauts (on a l’impression de déambuler dans un gigantesque instrument de musique), n’est empli que de boys vêtus de blanc, et de portiers coiffés du turban de gala, qui attendent le passage de taxis douteux. Ce n’est pas le moment, non vraiment pas, d’aller dormir, dans ces chambres vastes comme des dortoirs, chargées de meubles fin de siècle hétéroclites, avec leurs ventilateurs pareils à des hélicoptères.

Pier Paolo Pasolini
(L’odeur de l’Inde, traduction de René de Ceccatty, Denoël, 1984) 

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 21:30

La cheville ouvrière, c’est elle, la danseuse de kathak, et ses mille clochettes qui écrivent, en huit minutes de magie étourdissante, tout le roman des légendes indiennes. L’estrade semble recouverte d’un vrai tapis volant authentique, dans un coin duquel sont tapis les musiciens. Vous avez remarqué que la lourde natte des cheveux de la danseuse est attachée sur ses reins, et que miroir, voyeur impudent, démultiplie la grâce par deux. Les mélomanes couchés sont sous hypnose. Jalsâghar, le salon de musique de Satyajit Ray, n’est pas seulement un vertige, — c’est un vertige qui dure.


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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 21:03

lester young

Là, il y a Roy Eldridge et Lester Young qui s’en racontent une bien bonne.
entre deux prises, ou dans la coulisse, juste avant une jam…

 

duke-ellington.jpg

et, ici, sur cette pochette espagnole, ce sont Louis Armstrong et Duke Ellington, perdus au fond d’une salle de concert, — tu crois que ça rend heureux le jazz ? Je ne sais pas, mais en tout cas, question costards, ces types-là sont aux petits oignons. 
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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 16:17
XVIII e

Par ce monde vrai je n’entends pas des hommes qui prononcent précisément ce que je leur fais dire. Leur naïveté n’est pas dans leurs mots, j’ai peut-être oublié d’en prévenir le lecteur; elle est dans la tournure de leurs discours, dans l’air qu’ils ont en parlant, dans leur ton, dans leur geste, même dans leurs regard ; mais par tous ces signes, leurs pensées se trouvent si nettement, si ingénument exprimées, que des paroles prononcées ne seraient pas plus claires. Tout cela forme une langue à part qu’il faut entendre, que j’entendais alors dans les autres pour la première fois de ma vie, que j’avais moi-même parlée quelquefois, sans y prendre garde, et sans avoir eu besoin de l’apprendre ; car elle est naturelle et comme forcée dans toutes les âmes. Cette langue d’ailleurs n’admet point d’équivoque, et l’âme qui la parle ne prend jamais un mot l’un pour l’autre. Marivaux (Le voyageur dans le nouveau monde
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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.