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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 00:54
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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 18:19
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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 17:25
à la campagne

Après tout, c’est vrai que ces petites villes endormies ne sont pas mal comme campagnes où passer la belle saison pour y travailler tranquillement, ce qui devient de plus en plus utopique à Paris. Moi, dans presque toutes les villes que nous venons de voir, je me suis installé en imagination. J’y ai loué des appartements, acheté des maisons, changé plusieurs fois d’adresse. À Sens, par exemple, le quartier où il y a cette île… Et de chaque ville choisie je faisais mon château où je vivais noblement, travaillant dans une solitude complète, tout absorbé dans la construction d’un poème de quelques centaines de vers où je condensais la quintessence de dix années de ma vie. Alors Paris devenait, au loin,« la ville », celle où on va faire les provisions, où on envoie le chauffeur avec la liste des commissions… Et de temps en temps on sort, on va voir les amis : châtelains d’Auteuil, gentilshommes de la plaine Monceau, prélats et abbesses des V e et VI e arrondissements. Voilà tout le rôle qu’avait Paris dans ma vie telle que je l’organisais. Valery Larbaud, Allen, in la Nouvelle Revue Française, février et mars 1927.

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 17:41
le désir

(…) De sorte que l’inassouvi est de l’essence du désir, mais c’est bien un désir typique le plus complet, un raisonnement le plus parfait : donc nous avons atteint ce que nous voulions, nous ne laissons pas de l’inassouvi, nous ne vivrons pas en perpétuel raté, nous rabattant du désiré sur du non désirable, qui trompe notre faim. C’est pour cela qu’il faut vivre où le désir est délicieux, aller dans les beaux bals, aller dans les rues, voir passer ce qu’il y a de beau, et intriguer pour le connaître, pour donner à l’âme le sentiment de l’accomplissement, fût-il décevant, de ce qu’il y a de plus parfait ici-bas, épousant le mieux les formes du désir, voir passer dans un jardin des belles fleurs humaines et les cueillir, regarder par la fenêtre, aller au bal, se dire : « Voilà les possibilités les plus belles », et les goûter. Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, Gallimard, 1954.

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 01:00
ce jeune roman

« (…) Du haut de sa solitude, encombrée de paperasses, pavée de bouquins et peuplée de ses rêves, Samuel apercevait souvent, se promenant dans une allée du Luxembourg, une forme et une figure qu’il avait aimées en province, — à l’âge où l’on aime l’amour. — Ses traits, quoique mûris et engraissés par quelques années de pratique, avaient la grâce profonde et décente de l’honnête femme ; au fond de ses yeux brillait encore par intervalles la rêverie humide de la jeune fille. Elle allait et venait, habituellement escortée par une bonne assez élégante, et dont le visage et la tournure accusaient plutôt la confidente et la demoiselle de compagnie que la domestique. Elle semblait rechercher les endroits abandonnés, et s’asseyait tristement avec des attitudes de veuve, tenant parfois dans sa main distraite un livre qu’elle ne lisait pas. Samuel l’avait connue aux environs de Lyon, jeune, alerte, folâtre et plus maigre. À force de la regarder et pour ainsi de la reconnaître, il avait retrouvé un à un tous les menus souvenirs qui se rattachaient à elle dans son imagination ; il s’était raconté à lui-même, détail par détail, tout ce jeune roman, qui, depuis, s’était perdu dans les préoccupations de sa vie et le dédale de ses passions. (…) » Charles Baudelaire, La Fanfarlo, Gallimard, coll. Folio, 2012 ; dessins de l’auteur.

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 16:40
première page

Marcel Cohen, Sur la scène intérieure, Faits, coll. L’un et l’autre, Gallimard, 2013.

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 16:29
une lettre

Où se cacher ? Comment s’abriter de l’absence ? Comment y échapper alors qu’elle gouverne l’univers de sorte qu’il n’y a plus de terre, ni ce ciel, ni de pays, ni de continents, ni de saisons, ni de visages ? Alors qu’elle prend toute la place, qu’elle ne laisse aucune chose s’épanouir, aucune vérité jaillir, aucun astre faire office de guide ? Alors qu’elle empêche les racines de s’accrocher, les chemins de s’afficher, les rêves de conquérir la réalité ?

Silvia Baron Supervielle, lettre 26, in Lettres à des photographies, Gallimard, avril 2013.

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 20:12
temps d’écriture

« Tant que j’écris, je me sens en sécurité. Ce n’est peut-être que pour ça que j’écris. Ce que j’écris importe toutefois peu. Il suffit que je ne m’arrête pas. Ce peut être n’importe quoi aussi longtemps que j’écris pour moi-même : pas de lettre, ni rien qui me soit imposé de l’extérieur ou demandé. N’ai-je rien écrit pendant quelques jours, et me voilà perplexe, désespéré, sombre, vulnérable, méfiant, menacé de mille dangers. »

Élias Canetti, in Notes de Hampstead (1965), traduit de l’allemand par Walter Weideli (Albin Michel, Paris, 1997).

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 19:43
chez le barbier

(…) « Ne bougez pas ! » tonitrue le barbier de la ville et le couteau descend tout droit jusque sur le menton. Pris de curiosité, on se tâte la figure ; que se passe-t-il là-haut ? Vous ne vous reconnaissez plus, votre nez semble plus court, les pommettes plus accentuées que jamais. Votre visage vous paraît celui d’un étranger. Vous êtes sur le point de demander qui le barbier est en train de raser lorsque vous sentez une troisième coupure et vous voyez un morceau de votre menton descendre sur votre poitrine et tomber par terre. Vous songez à dire votre prière. Même si l’on est un dur à cuire, on ne peut s’empêcher de songer à dire sa prière. Le barbier continue tranquillement son œuvre de destruction. Quand la victime est suffisamment touchée d’un côté, la même opération fatale est entreprise de l’autre côté jusqu’à ce que l’on rende l’âme et que l’on perde conscience, la prière sur le bout des lèvres. (…)

Knut Hamsun, Petite ville, in Fragments de vie, traduction de Jacqueline Le Bras, Actes Sud, 1990.

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 23:32
un bracelet, une bague, une montre

Je ne sais pas pourquoi, mais je sens obscurément que sa valise est vide. La jeune fille va enfin quitter l’hôpital, laissant derrière elle le vide de sa vie. Elle écrit chez elle, — sa lettre arrivera-t-elle ? qui la lira ? aura-t-elle encore, là-bas, une famille, un fiancé, une jeunesse ? où est passée sa vie ? où a-t-elle disparu ? Regardez bien, le centre de la photographie coïncide avec la pointe de la plume qui touche le papier ; c’est très exactement, pour moi, le punctum dont parle Roland Barthes dans La chambre claire, ce qui me point dans la photographie, — en réalité, l’endroit où l’image s’invente un autre récit ; où, si l’on veut, la photographie se résorbe dans son propre invisible, un hors-champs par où l’imagination accélère le sentiment, et où l’émotion découvre le vertige d’une confidence dont elle est privée. Je vois le calepin ouvert (elle y a retrouvé sans doute une adresse ancienne), l’encrier, la lettre froissée, une feuille dépliée, je vois l’application, le sérieux de cette écriture qui intériorise un destin (dont je n’entrevois que les signes prisonniers de l’urgence d’un présent). C’est une jeune fille habillée comme une vieille dame, — égarée dans la tourmente de la guerre d’Espagne. Posée sur le lit, sa valise est l’écritoire douloureux de son exil. Gerda Taro, in La valise mexicaine.

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Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.