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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 01:06

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Ilan, le jeune frère du narrateur, vécut quelque temps en Israël à la fin des années soixante. Aujourd'hui que tout a changé là-bas comme ici, que reste-t-il de lui ? Qu’est-ce que ce pays ? Comment faire le récit de ce qui vous a échappé, et qu’on ne saura pas retrouver ? Henri Raczymow, Eretz, Gallimard (avril 2010). 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 10:11

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Le livre arrive de Bordeaux, par la poste, dans une enveloppe blanche aux trois timbres « contre les violences faites aux femmes ». On se demande comment une simple enveloppe 17 x 21 cm peut contenir tant d’images. Ce ne sont que des mots, bien sûr, pour accrocher ces images dans un coin de mémoire (peut-être un « si je n’écris pas l’image, elle disparaîtra, — et si elle disparaît je ne l’aurais pas vue »). L’auteur s’est promené dans les Ardennes, en Grèce, au Portugal, et, partout, il voit juste, le proche comme le lointain, réglant la focale de l’écriture sur le motif qui retient son regard (on pourrait aussi considérer la vitesse d’obturation, mais c’est une entreprise trop intérieure pour être discutée). C’est un voyageur au petit sac-à-dos, de ceux, rustiques, de toile rêche et aux lanières de cuir retroussées, qui scoliosaient les dos fragiles de jeunes scouts perdus dans les années cinquante. Dans le livre est glissé un petit carton gris : « Avec l’amitié du machiniste absent de Bordeaux ». Gilles Ortlieb, Le train des jours, Finitude, 2010.

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 16:36

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Zorah sur la terrasse d’Abdelkader Djemaï est publié au Seuil et sort ces jours-ci dans les librairies. Henri Matisse est allé deux fois à Tanger où il séjourna au début du siècle dernier. Pas très loin, du côté d’Oran en Algérie, le grand-père d'Abdelkader ressemble comme deux gouttes d’eau au peintre. Ils partagent le même amour pour la lumière, le mystère des nuits, et l’ombre secrète des femmes dans les rues du soir. (Henri Matisse, Zorah sur la terrasse, huile sur toile, 116 x 100 cm, 1912, coll. Puschkin Museum, Moscou).

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 11:09

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(…) Pina Bausch est enfin née pendant ces journées lumineuses du printemps 1978, tandis qu’elle s’achemine, obstinée et intransigeante, sur ses bientôt quarante ans. C’est une somnambule à la figure livide échappée d’une esquisse douloureuse et tremblante d’un Alberto Giacometti, dans la nudité absolue de son avant-garde. Elle se perd dans la forêt désordonnée des chaises brutalisées de son infernal Café Müller, que Rolf Borzik a minutieusement scénographié (…) Une reine en exil, un tombeau de Philippine Bausch, de Jean-Paul Chabrier (extrait de la courte notice biographique, Actes Sud-Papiers, coll. Apprendre, mai 2010). Pina Bausch à Düsseldorf, le 22 octobre 2007, photographie de Volker Hartmann.

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 21:47

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Munis d’un DO 21B, ce microphone carré qui demande de faire corps avec lui et de s’approcher au plus près de la parole, quatorze auteurs sont allés au-devant du monde. Dès la porte passée, le monde est vaste, et la société bien souvent malade, — quand on veut l’observer avec assez d’attention et de sensibilité. Chacune, chacun s’avance avec ses expériences, ses émotions, son intelligence et son désir ; et, souvent aussi, avec l’arme fragile de sa révolte. Ils ont confié à leur récit la tension généreuse de leur écoute. Les lire, c’est se plonger dans une réalité âpre et rude, dont témoignent la finesse et la grande honnêteté de leurs documentaires. 

LES AUTEURS : Maxime Moriceau, Benoît Maire, Iris Manso, émilie Morin, Cendrine Robelin, Irene Bailo, Romain Pradaut, Lucile Cordonnier,  Julien Baroghel, Anaïs Bierre, Sarah Denard,  Marthe Poumeyrol, Quentin Mesnard et Katia Kovacic.
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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 22:58

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Le livre doit sortir dans ces jours. On dirait que c’est encore un peu l’hiver dans le cœur de Robert. Je me demande si la demoiselle de la couverture est un des personnages des petites proses qu’elle cache, — elle me paraît bien avenante pour cela… Que regarde-t-elle ? ce brave Robert qui fait des claquettes sur la place du marché ? ou alors il est en plein exercice de patinage… Vous savez comment Robert Walser appelait ses petites proses ? — ses danseuses. Elles dansent, elles dansent, même en plein hiver, même quand on ne croit plus en rien, elles continuent de danser, et le soleil de l’après-midi leur met un peu de rose aux joues.
(En même temps le même éditeur publie du même auteur Au bureau, poèmes de 1909, avec un dessin de son frère sur la couverture, — Robert tranquillement assis sur un banc). 

 

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 00:27
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C’est un roman du milieu du siècle dernier, écrit au quartier latin pendant les journées sanglantes de la libération de Paris. Il a été publié en 1946 sous le pseudonyme de Gilbert CordierAujourd’hui Michel Boujut a dit, sur l'antenne de France Culture, que tout Éric Rohmer était déjà dans ce bref roman (que, malheureusement, je n’ai jamais lu). Le titre est terriblement rohmérien en tout cas, — préservant une grande part de mystère derrière sa quotidienne et ordinaire simplicité. On se demande qui est cette Élisabeth, et ce qu’elle fait dans sa maison. Si ça se trouve, nous ne connaîtrons pas d’Élisabeth, ni n’entrerons dans aucune maison lui appartenant. Mais je prête peut-être à Gilbert Cordier plus d’Éric Rohmer qu’il ne saurait en contenir. Ou le contraire aussi bien.
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 19:46
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Quelquefois on retrouve un vieux livre de poche dans sa bibliothèque (qui n’est toujours pas rangée, ni classée, oh le vilain bibliothécaire que je suis !), et, dès les premières lignes, la prose lancinante et ravageuse de Francis vous tourneboule les sens : « Il n’était que trois heures de l’après-midi, mais une petite brume roussâtre flottait entre les antiques et sordides masures de la rue des Bouchers dont les façades aux frontons à redans et les toits de tuiles noires suintaient d’humidité. Sur les trottoirs, sur les pavés, la même humidité visqueuse faisait briller la terne lumière du jour. »
Un peu plus loin, après avoir fait connaissance avec Feempje, le patron du
Montparnasse, on ira même faire un petit tour dans le passage d’Une-Seule-Personne ! (si vous avez l'estomac bien accroché, vous pouvez continuer votre chemin.) Bon, j’ai l’impression qu’on est bel et bien arrivé au pays des marloux et des pauvres filles de quatre sous. J’ai l'impression que ça va barder d’ici peu ; je vous tiens au courant !
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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 17:13


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Les femmes évitent le regard des inconnus, leur bien le plus précieux sont leurs yeux. […] Dans le vieil Istanbul des femmes vont se perdre au fond d’une rue boueuse, essayant de cacher leurs yeux — oui, même eux.
Nedim Gürsel (citant Les turbans de Venise dans son enfance turque Au pays des poissons captifs)

 

 
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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.