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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 10:55

Autres-sejours.jpeg

c’est toujours l’hiver quand je viens ici
le polder scintille sous la lune
et la furtive marée de décembre
attend du ciel un éclat de lumière

je peux entrer me recueillir dans la chambre
la marée me suit le vent me précède
et les étoiles clignotent entre les nuages
plus échevelés que la vieille Gorgone

plus bouleversants que la Légende dorée
plus lointains et plus proches que les enfances
dont nous pensions avoir épuisé les charmes
les mystères et les folies impénitentes

et le vent qui fait battre le cœur
au rythme des portes mal assurées
s’introduit jusque dans les livres ouverts
où sa soudaine présence émeut

les héroïnes des romans oubliés
restaure la mécanique rouillée des songes
et démantèle une existence pauvre
afin de la remplacer par une autre

secouée de soues inédits et d’espoirs
animée de nouvelles inattendues
et de souverains envols prometteurs
comme si la vie était une terre remembrée

qui n’est pas en voie d’épuisement
et qu’au soleil des emblavures
le temps propice aux longs repaires
devait épanouir les solitudes
et révéler l’envers du monde

 

Jean-Claude Pirotte, Autres séjours, poèmes, Le temps qu’il fait, octobre 2010.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 11:11

Rapho.jpg

 

We look before and after

And pine for what is not :

Our sincerest laughter

With some pain is fraught ;

Our sweetest songs are those that tell of saddest thoughts.

 

Shelley, To a Skylark, chant XXI (1820). Willy Ronis, Pub à Soho, Londres, 1955, © Willy Ronis, Rapho.

 

« Nous regardons en avant et en arrière / Et aspirons à ce qui n’est pas / Notre rire le plus sincère / Est emprunt de quelque douleur / Nos chants les plus doux sont ceux qui expriment la plus triste des pensées » A une alouette.

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 19:54

rilke--clara-westhoff.jpg

Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,

celle que l’on envie, la promeneuse ?

Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit

saluée par de beaux messieurs d’autrefois.

 

Sous son ombrelle, avec une grâce passive,

elle exploite la tendre alternative :

s’effaçant un instant à la trop brusque lumière,

elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.

 

Rainer Maria Rilke, Poèmes en langue française

(photographié en compagnie de sa femme, Clara Westhoff).


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Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.