Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 01:44

 

J’ouvre, souvent, à n’importe quel moment de la journée, les livres d’un certain Robert Walser. Son écriture toujours légère et facétieuse, même traduite, ne laisse pas de me charmer, et sa désinvolture presque enfantine m’éblouit.   

 

Repost 0
30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 17:54

« Par la fenêtre ouverte du bureau, il lui confiait tout, son âme heureuse ou déchirée, la fièvre renversante, onduleuse, comme en rêve, comme en réalité. Le soleil est présent quand elle ferme les yeux. L’océan, le Ventoux, les mouettes rieuses, les étoiles, géantes rouges ou naines blanches, s’appellent, se dessinent par l’exploit, l’inquiétude, de ses mots qui sont du sang. Des images fixées à jamais. Pour remplir l’univers de son amour à haute voix, à l’encre bleue, il recrée un monde. Il édifie des jours, des saisons, à croire le grand ciel des matins roulants, dentelé de lumière et d’amour. L’été n’en finirait pas. Le centre des déserts, la maladie, la fatigue, la mort, celle des plus simples choses et des amis, ses chagrins, son bonheur profond, il lui parle de tous ses feux, de toutes ses lames. Les paysages, comme les témoins lumineux de leur passion amoureuse, entre La Roque-sur-Pernes et Venasque, du côté de la Balandrane, à fleur de coteau en allant vers Le Beaucet, devant les replis de la Catherine et de sa roselière, reprenaient formes et vie. Avec leur douceur, et leur dureté. Il s’approche et remonte la joie des jours passés, à venir. Il articule les ombres qui l’accompagnent dans sa mémoire, il peint la flamme, le précieux et l’ordinaire de sa conversation avec un visiteur. » Patrick Renou, Tina, l’amour infini de René Char, Le Cherche-Midi, 2012.

 

Repost 0

Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
  • Contact

visites

Recherche

il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.