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Top articles

  • dimanche à paris

    02 février 2011 ( #citations )

    A quoi ressemblaient les dimanches, au début, les dimanches de la rue Toullier ? Ce premier dimanche de 1902. Le seul, peut-être, dont Rainer se souvienne vraiment. Il pleuvait. C’était l’été et il pleuvait. C’était l’été et on balayait déjà les feuilles...

  • par ici la sortie

    31 janvier 2011 ( #écritures )

    La dernière fois que nous sommes venus, il y avait une mare dans le coin (coin), j’en aurais mis une palme au feu ! Où est-ce qu’elle est passée cette jolie mare ? Les hommes sont fous, ils sont capables de remplir notre mare de béton pour en faire un...

  • architecture

    30 janvier 2011 ( #écritures )

    La nature ne se préoccupe jamais de nature, et le naturel est le cadet de ses soucis. Ce qui l’intéresse, à la nature, c’est d’être géométriquement responsable de la forme exacte. La forme exacte d’un devenir, voilà son incessante obsession. Naturellement...

  • samedi soir

    29 janvier 2011 ( #écritures )

    J’ai vivement arraché quelques pages, puis je suis allé dans la cuisine pour les jeter. Mais je me suis ravisé ; après tout, il y avait sur ces misérables feuilles de papier un petit bout de ma vie, — un samedi soir vers 1975, quelque part dans la campagne...

  • raconter

    24 janvier 2011 ( #écritures )

    Quand j’ai rencontré Tristessa elle avait les cheveux longs, une frange qui cachait ses grands yeux bleus et une petite tache de naissance sur le cou. Elle portait souvent une robe à pois, conduisait une Simca décapotable et vivait avec un homme. Cet...

  • j’avais un ami très cher

    22 janvier 2011 ( #écritures )

    C’était mon ami préféré dans ces temps-là, à vrai dire mon seul ami, à qui je racontais tous les secrets de mon cœur étourdi. Je lui prêtai mon gilet, lui nouai mon écharpe autour du cou et j’ai même essayé d’accrocher un ruban dans ses cheveux, — sauf...

  • du côté de la nuit

    20 janvier 2011 ( #écritures )

    Les invités de la réception l'ignorent et passent près d’elle sans la voir : elle sait qu’elle n’existe pas. Depuis toujours c’est comme cela, et elle n’en souffre plus. Elle n’a pas l’impression de vivre, elle aurait plutôt celle de mourir. Non, ça n’est...

  • au-dessus du lit de sa mère

    19 janvier 2011 ( #écritures )

    Je pense qu’il devait penser à son avenir. Cela devait lui paraître assez flou, — l’avenir. Il n’arrivait pas à établir une relation d’amitié et de confiance avec ce mot-là. Il concevait qu’il prît sens pour nombre de ses camarades, mais pour lui ? en...

  • quand j’étais un tout petit indien

    18 janvier 2011 ( #écritures )

    Quand j’étais un tout petit indien, le monde n’était pas plus grand qu’une clairière. Je sentais le soleil jouer avec les ombres sur mon front et mes narines, et je respirais la bonne odeur brune de ma mère. Ma mère m’avait emmailloté dans un petit sarcophage...

  • à la fenêtre (buenos-aires)

    17 janvier 2011 ( #écritures )

    Vous rappelez-vous un peu, Madame ? — nous sommes allés cueillir quelques gentilles fleurettes dans votre jardin l’autre après-midi, et j’ai senti passer sur mes lèvres votre lente solitude. J’en ai parlé à José, et il a composé une milonga. Je la chanterai...

  • le livre qui aime les livres

    15 janvier 2011 ( #écritures )

    Juste une toute petite question, ce matin, — en passant sous le ciel gris de janvier : que serait la vie sans les livres ? mais encore : que seraient les livres sans la vie ? Tels que nous les connaissons aujourd’hui, les livres sont des codex, une suite...

  • un soir, en inde

    14 janvier 2011 ( #écritures )

    Certaine pensée ancienne resurgit parfois, tout à coup, au milieu d’un présent anodin ; elle ne nous sépare pas pour autant de notre vie, elle vient plutôt enrichir l’instant d’une profondeur envoûtante, — et le rendre aussitôt à une permanence insoupçonnée....

  • mon ami balthazar

    12 janvier 2011 ( #écritures )

    Je lui trouve l’œil d’une douceur incomparable. Ça n’est pas que cela du reste, il y a, dans l’œil de Balthazar, beaucoup plus qu’une douceur soucieuse, une application résignée, une intelligence, — une connaissance prodigieuse. D’où lui viendrait-elle...

  • le matin, à coyoacán

    09 janvier 2011 ( #écritures )

    La vie est simple, le matin. Le monde n’est pas encore tout à fait le monde, le soleil paraît enrhumé, et le ciel s’ébroue comme un petit cheval. Les petites filles sont alignées au même titre que les pots de fleurs sur le muret ajouré derrière elles....

  • où va-t-on

    05 janvier 2011 ( #écritures )

    C’est dans cette berline blanche (une Ford) qu’un jour de bel été j’ai emmené Joan Fontaine un week-end en ballade jusqu’à Dallas. Nous n’avions rien à faire, ni elle, ni moi. Elle était très sage près de moi, son vanity-case sur les genoux, — j’aimais...

  • de l’autre côté du monde, l’amour

    01 janvier 2011 ( #écritures )

    Elle est au centre d’elle-même, cette femme qui n’a pas de nom, qui est venue à Hiroshima pour jouer dans un film sur la paix. Emmanuelle Riva lui donne son visage, sa voix, son absence. Je crois que c’est dans cette absence qu’elle se retrouve, et, au...

  • un coin d’atelier

    28 décembre 2010 ( #écritures )

    Mes yeux ne sont-ils pas fatigués d’avoir épousé tant de lumières, tant de brumes de chaleur et de couleurs par-dessus la baie ? Dans l’ombre fraîche d’un coin d’atelier de la villa du Bosquet je reste tout étourdi d’avoir éprouvé la fièvre des formes...

  • prochainement en librairie

    27 décembre 2010 ( #écritures )

    Nous sommes à l’automne 1947, il y a bientôt plus de six ans que Max Ophüls s’est exilé à Hollywood. Après bien des vicissitudes le cinéma lui offre enfin l’opportunité de retrouver, non pas sa jeunesse, mais l’idée qu’il se fait de sa jeunesse, en tournant...

  • c’est au mois de juin

    26 décembre 2010 ( #écritures )

    Maman a les yeux jaunes aujourd'hui, ce sont les yeux jaunes de maman quand il fait soleil. Les cils et les sourcils de maman font une petite voie ferrée pour aller jusque dans son cœur. J’aime bien le train, l’autobus, le tramway, tout ce qui bouge dans...

  • (la vie, le cinéma et la vie)

    24 décembre 2010 ( #écritures )

    Il y a un petit mystère dans cette image, c’est la façon dont Jean-Luc tient son filet à provisions, — à mon avis il a dû passer les anses autour du poignet, si bien que la manche de la veste le recouvrant, on dirait que ce filet prolonge abstraitement...

  • nous y sommes

    23 décembre 2010 ( #écritures )

    Aujourd’hui Monsieur de Blancherose m’a posé une question qui, depuis, ne cesse de me trotter par la tête. Je pourrais résumer cette question très simplement : « Peut-on vivre sans se trahir jamais ? », ou, peut-être encore comme ceci : « Comment, tout...

  • en voyage

    20 décembre 2010 ( #citations )

    Le bateau n’est pas fameux. Ce qu’il y a de mieux c’est le water-closet. La lunette est si haut perchée au sommet de quatre marches, qu’une personne un peu naïve dans le genre d’Ivanenka la prendrait facilement pour un trône. Le pire sur ce bateau ce...

  • ce soir-là

    19 décembre 2010 ( #écritures )

    Elle avait téléphoné dix fois, vingt fois à l’hôtel King Arthur, et on avait fini par lui dire qu’il n’y était pas descendu. Où était-il allé ? Que faisait-il ? Son cœur battait très fort, son cœur devenait fou. Elle n’en dormirait pas de la nuit, et...

  • pour commencer

    18 décembre 2010 ( #écritures )

    Je n’en suis qu’au tout début, à la première phrase, et je voudrais déjà tout savoir (alors qu’en fait, comme un imbécile, je ne sais rien, — ou presque). Jean me fait un petit signe de la main, j’ai l’impression que c’est un au revoir plus qu’un bonjour,...

  • il giorno prima della felicità

    15 décembre 2010 ( #citations )

    Dans la cour, les enfants jouaient au milieu du passé simple des siècles. La ville était très ancienne, creusée, farcie de grottes et de cachettes. Les après-midi d’été, quand les habitants étaient en vacances ou disparaissaient derrière leurs volets,...

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.