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Top articles

  • les deux cousines

    13 décembre 2010 ( #écritures )

    Les demoiselles sont allées jusqu’au fond du parc, près de l’étang. Elles sont parties dans le plein été de l’après-midi, et, tout à coup, là-bas, au bout du pré, c’était déjà une sorte d’automne, dans une lente sonate d’ocres et de siennes brûlées. La...

  • shanghaï

    10 décembre 2010 ( #écritures )

    J’allais avoir trente et un ans, et je vivais à San Francisco. Je me promenais souvent sur le port. Je ne sais pas pourquoi j’emploie cet imparfait, il me semble que c’était hier, — disons avant-hier. Peut-être que je me promène encore sur le port de...

  • ce serait bien

    05 décembre 2010 ( #écritures )

    On ne le ferait pas exprès, mais on serait toujours d’accord, — tous les deux. Tu voudrais porter un tablier jaune et je trouverais que ce tablier est parfait pour toi. Tu voudrais aller en voyage à Porto, et ça aussi, bizarrement, j’en aurais rêvé depuis...

  • les jolies dames

    04 décembre 2010 ( #écritures )

    Quelquefois les jolies dames ont une pochette de cuir sombre et brillant, des gants de peau et un grand collier de fines perles ; leurs cheveux sont coiffés divinement, — et le restent aussi longtemps que dure la soirée. Mais ce qui fait surtout que ce...

  • poème de chantier (suite)

    03 décembre 2010 ( #écritures )

    A cinq heures soixante-douze tapantes Charly devait passer me prendre avec sa camionnette au bar des Soupirs au bout de l’impasse du trente-six septembre. Le chantier n’était pas tout près, loin de là, il fallait gagner un département voisin, et, depuis...

  • poème de chantier

    30 novembre 2010 ( #citations )

    Il était facile quand je vous connaissais à peine de vous saluer de loin, droite comme une reine. Le vers à l’époque était équilibré il se disait lentement, la tête bien posée. Il sera délicieux et doux le moment où… mais taisons cela la rime s’est effondrée...

  • exactement comme moi

    30 novembre 2010 ( #citations )

    Les souvenirs auxquels nous tenons le plus sont ceux des premiers lieux où nous avons été livrés à nous-mêmes. Ces lieux n’étaient pas, pour le jeune Digoin, des squares, ni des rues, ni la place plantée de platanes d’une charmante ville de province,...

  • une photo dédicacée

    28 novembre 2010 ( #écritures )

    Quand j’ai rencontré Rosanna, voyons voir, c’était au casino d’une station balnéaire de la côte adriatique (j’en ai oublié le nom, mais pas celui de Rosanna) et je venais de perdre mes tout derniers milliers de lire. Il ne me restait que la chemise blanche...

  • au théâtre

    25 novembre 2010 ( #écritures )

    On dit quelquefois que le vrai spectacle est dans la salle. Cette assertion m’a toujours rendu perplexe, mais quand Bonnard peint, il y a tout lieu de le croire, — pour cette représentation, en tous les cas, le spectacle est définitivement dans la salle....

  • entre deux prises

    24 novembre 2010 ( #écritures )

    Il doit être perdu. Il attend que les machinistes en aient terminé avec la délicate mise en place du plan suivant. Il n’a pas non plus le temps d’aller au bistro, ni de courir au secrétariat de la Compagnie pour passer par téléphone un petit bonjour à...

  • le 23 septembre

    22 novembre 2010 ( #citations )

    Imagine-toi, ami lecteur, avoir été le 23 septembre en route pour Dresde. En vain, on t’a convié à rester au dernier relais, la nuit tombée. L’hôtelier a eu beau te mettre en garde contre la tempête et les torrents de pluie, te dissuader de te risquer...

  • la deuxième mort de mon père

    20 novembre 2010 ( #écritures )

    J’aimais cet arbre. Mon père l’avait planté il y a plus de vingt ans devant les fenêtres de son bureau. Au début, c'était un petit bout d’arbre chétif, un petit pin qui ne payait pas de mine et ne ressemblait à rien, mais il lui parla et s’en occupa de...

  • l’exil

    19 novembre 2010 ( #écritures )

    Je fus conduit en exil en bateau, tout au nord du pays inconnu. Mes gardiens discutaient entre eux dans une langue que je ne comprenais pas. Ils me regardaient et riaient. Cela m’était bien égal d'être exilé, — du moment qu’on m'y menait en bateau. L’eau...

  • fränzi

    18 novembre 2010 ( #écritures )

    Sans avoir ce qui s’appelle l’esprit dérangé, ma tante dit parfois de drôles de choses. Elle s’approche de moi pendant le déjeuner et me glisse à l’oreille, par exemple, que je suis mort et que nous sommes tous réunis pour veiller un peu ma dépouille....

  • le tournon

    17 novembre 2010 ( #citations )

    Le Tournon avait quelques airs d’une miniature de feu l’Autriche-Hongrie, au décorum se résumant au Luxembourg déguisé en Schönbrunn ; y manquait aussi François-Joseph — ce n’est certes pas un détail — reclu dans un musée de cire en butte aux fantaisies...

  • les deux amis

    16 novembre 2010 ( #écritures )

    C’est le bel été au bord de la mer du nord, l’immense ciel au-dessus de l’immense plage. Les deux amis prennent le soleil à la terrasse de l'hôtel de la Couronne. Les ont rejoints Hermann Kesten, Egon Erwin, Kish et Ernst Toller. Tout le monde se demande...

  • la danseuse eduardowa

    14 novembre 2010 ( #citations )

    La danseuse Eduardowa n’est pas aussi jolie en plein air que sur scène. Ce teint blême, ces pommettes qui tendent la peau au point qu’il n’y a guère dans tout le visage de mouvement plus accusé, ce grand nez qui surgit comme d’un creux et avec lequel...

  • « j’avais trente-six ans…

    13 novembre 2010 ( #citations )

    « J’avais trente-six ans quand j’ai compris que la plupart des écrivains, des peintres et des musiciens, bref la plupart des artistes, fabriquaient de la pâtisserie de luxe, de plus ou moins bon ou mauvais goût, des gâteaux, des meringues, des friandises....

  • c’est aujourd’hui

    12 novembre 2010 ( #écritures )

    Au départ, soyons clair, je puis vous assurer qu’on n’en mène vraiment pas large dès qu’il s’agit de le prendre, — le large. On monte le long d’une mince échelle de corde toute ondoyante, un peu à la manière des trapézistes du Cirque en Alabama. J’en...

  • une critique

    11 novembre 2010 ( #critique )

    Les Trois-Chemins. Ce pourrait être un de ces carrefours dans une campagne endormie, des directions qui se tournent le dos, mais qui, malgré tout, mènent quelque part. C’est le nom d’un hôpital, ses salles d’attente, ses couloirs silencieux, ses sous-sols...

  • la pluie, encore la pluie

    11 novembre 2010 ( #écritures )

    A moi aussi, il m’arrive de boire exagérément, même quand il pleut derrière le carreau. Toutefois pourrais-je alléguer que c’est la période de mon anniversaire, — on trouve toujours une bonne raison dès qu’il s’agit de boire un coup : on a des soucis...

  • la vie, tout simplement

    10 novembre 2010 ( #écritures )

    Le vent terrible soufflait dans tous les sens. J’avais marché sur les berges du fleuve dans les bourrasques d’une pluie froide qui pénétrait mes vêtements. Mes chaussures étaient trouées. Je n’avais rien dans les poches, et dans mon vieux cartable, un...

  • kitty à la maison

    09 novembre 2010 ( #écritures )

    Hier, grand et vaste débarquement de cinéastes à la maison. Tous les bras articulés des halogènes sont dûment retournés (je me demande si ça leur fait mal d’avoir ainsi les bras renversés dans l’autre sens) et les lampes transformées illico en violents...

  • de l’hôtel foyot

    07 novembre 2010 ( #correspondance )

    Des livres… chère amie, s’il vous en manquait, faites-moi signe… Mais je suppose que vous aimiez plutôt vous recueillir sous la douceur inédite de vos paupières closes ; jamais aucune page ne nous touchera de si près. Rainer Maria Rilke , lettre à Yvonne...

  • tokaji

    06 novembre 2010 ( #écritures )

    Le passé, c’est loin, mais parfois il s’approche, à la faveur d’une petite nuit pâle, quand la lune éclaire une rue déserte du faubourg. Peut-être était-ce en Allemagne, ou dans l’Autriche-Hongrie d’un autre siècle. C’est dans ces confins de l’empire...

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Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.