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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 23:14

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[Melinda deuxième] Je suis depuis plus d’une heure, peut-être deux, au comptoir de l’Eldorado sur la quarante-troisième. Je ne sais plus comment j’ai atterri là. New York est sous la neige, et mon cœur aussi. Aujourd’hui tout est allé assez de traviole pour moi. Morrison s’est fait piquer avec les jumeaux, — pas plus tard que ce matin. Ça démarrait mal peut-être. Cet enfoiré de Morrison, vous allez dire. Dans l’après-midi j’ai fini au commissariat, moi aussi, mais je paye assez d’avocats pour me laver bientôt de ce genre de tracasseries. Et maintenant me voilà arrimé à ce fichu comptoir, où les heures tombent comme neige fondue dans la quarante-troisième nuit. [Melinda première] Elle doit avoir la trouille. Cet enfoiré de Carmelo l’aura prévenue, et elle se sera barrée je ne sais plus où. Comment la retrouver maintenant ? Je suis passé au Havana, au Tropic, au Mercury, au Moroco — j'ai même poussé la porte pourrie du coffee shop de Will, j’aurais parié mes trois derniers biftons qu’elle n’y serait pas, bien sûr. Will m’a serré la main pendant plus d’une minute. « T’es pas encore au jus, Johnny ? Dis-moi un peu, qu’est-ce que c’est, comme gonzesse, ta Melinda ? »         

Arnaud Darne, Dans le goudron.


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commentaires

kitty 24/05/2012 18:56

Melinda, c'est le côté plume de l'histoire...

Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

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Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.