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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 10:26

petite

Au début ça piquait bien un peu, mais c’était plutôt rigolo. Le seau était magnifique, des glaçons musiciens y improvisaient une joyeuse sarabande, — et la petite robe blanche se faisait si mignonne tout plein qu’on avait bien envie de la garder toute la semaine… Dans la flûte de maman les bulles remontent par dizaines à la surface respirer un petit coup. Moi, je finis la bouteille en catimini, mais je ne vois pas les bulles. C’est bien embêtant, tout le plaisir du champagne est dans ces petites sorcières qui allument mille feux d’artifice ! Après, j’avais la tête qui chavirait de dodelinantes impressions, et le cœur plein d’étoiles. Si je cours au jardin, mes pieds vont me jouer de mauvais tours, c’est certain, je préfère les mettre sagement à l’abri sous moi sur la chaise, et attendre un peu. Heureusement que c’est dimanche, et que je n’ai pas besoin d’apprendre mes leçons ni ma récitation !

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commentaires

Lika 16/08/2010 20:43


Tu m'a fait éclater de rire, Kitty. Comme Jorma J le jour où elle a imaginé ma grand-mère se versant un scotch le soir, en cachette !


Kitty 09/08/2010 20:38


La semaine, il m'en souvient, c'était robe de bure, cheveux filasses et gros rouge.


Lika 09/08/2010 15:41


La petite robe blanche tout en dentelles "qu'on avait envie de garder toute la semaine" me rappelle le petit garçon d'André Fontaine - correspondant pour le Monde à Londres - qui un jour avait été
si fier de son col dur, qu'il avait refusé de l'enlever le soir, se promenait tout nu avec son col merveilleux partout dans la maison, mangeait, se lavait, dormait avec son col. Et je crois bien
que cela avait duré plusieurs jours...


Lika 09/08/2010 15:27


Ravissant, ton texte, Larry.


Une Petite Rue D’Angoulême

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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.