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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 20:00

Edward_S._Curtis_Collection.jpg

 

Quand j’étais un tout petit indien, le monde n’était pas plus grand qu’une clairière. Je sentais le soleil jouer avec les ombres sur mon front et mes narines, et je respirais la bonne odeur brune de ma mère. Ma mère m’avait emmailloté dans un petit sarcophage dans lequel elle me berçait ; elle me regardait comme on regarde un prince. Elle me parlait, elle me disait qu’un jour je serais le roi de ce monde qui allait là-bas jusqu’au bord de la clairière, et je danserais avec les arbres, les ombres et le soleil. Quand j’étais un tout petit indien, ma mère aimait mes yeux noirs et mes cheveux noirs, elle me pinçait la joue en me promettant que j’aurais un grand cheval. Elle préparait le monde de la clairière pour que j’y sois libre et heureux sous un ciel toujours clément. Photographie d’Edward Sheriff Curtis1928.

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commentaires

Lika 19/01/2011 14:07


Ah oui, quelle belle photo, et quel beau texte !
Je me souviens soudain du jour où j'avais amené Arthur - il avait quatre ans - voir "Les gorilles des montagnes" à la Géode. Étant donné l'immensité de l'écran courbe, j'ai craint une réaction de
frayeur de sa part. Et puis, au spectacle impressionnant d'une famille de gorilles assis dans les broussailles et bavardant, à ma surprise, il a murmuré : "J'aimerais bien être avec eux..."


Une Petite Rue D’Angoulême

  • : le ciel au-dessus de la rue
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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.