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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 15:40

Childe-Hassam-Reading-1888-hunter-museum-of-art-chattanooga.jpg

J’avais enfin écrit un bout du début de mon premier chapitre (c’était une sorte de roman un peu flou que je comptais commencer avec le printemps, — j’y avais pensé tout l’hiver, ou presque), et, contrairement à ce que je faisais d’ordinaire, je le donnai à lire à Kitty. Le lendemain, elle était sagement sur la terrasse et le lisait tranquillement dans la première lumière. C’était peu avant huit heures, ce moment délicieux où l’air ne s’est pas encore chargé de chaleur. J’avais imprimé le texte sur deux ou trois feuilles pliées en deux (c’était un roman comique). Kitty lisait très sérieusement mes bêtises (ou alors elle faisait semblant). Vous la voyez ? Ne croiriez-vous pas qu’elle somnolât lâchement derrière le rideau blond de ses fines paupières ? Par contre, je ne vois pas du tout ce que ce chien fait là (nous n’avons pas encore de chien). Tout ce que je sais, c’est que lui, à coup sûr, il dort vraiment sur ses deux oreilles. À mon avis, c’est une petite chienne sentimentale. Elle s’appelle Framboise, ou Myrtille, je ne sais plus au juste. D’ailleurs, pour être franc, je l’ai collée dans mon bout de début de roman métaphysique. Suite au prochain numéro, vous voulez bien ? Childe Hassam, Reading, 1888 (Hunter Museum Of Art, Chattanooga, Tennessee).

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commentaires

halbo 09/04/2010 18:29


drôle de jupe, on dirait une meule de Monet et que cache-t-elle?


Kitty 09/04/2010 18:21


La vérité : Kitty ne somnole pas, elle s'est évanouie, car ce début de roman qui vient de lui être donné à lire est proprement renversant. Framboise devrait sous peu s'inquiéter de "l'absence" de
sa maîtresse (elle a en effet erré de jardin en jardin pour trouver des maîtres qui fussent au moins écrivains) et venir lui lécher la main.S'il ne se passe rien, elle sautera dans son giron, lui
léchera le visage jusqu'à ce que les esprits lui reviennent.Framboise n'aboie qu'en tout dernier recours.


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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.