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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 17:37

Francis Jammes chez Thomas Braun à Maissin en Belgique, en 1932

J’aime dans le temps Clara d’Ellébeuse,

l’écolière des anciens pensionnats,

qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls

lire les magazines d’autrefois.

 

Francis Jammes, De l’angelus de l’aube à l’angelus du soir, Mercure de France, Paris, 1898.

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 15:37
il y a quelques années en Afrique…

il y a quelques années en Afrique…

Cette petite robe a une histoire que je ne connais pas. A-t-elle été achetée à Paris dans ce magasin qu’on appelait « À la ville du Puy » sur les grands boulevards derrière l’opéra ? ou encore aux désuètes « Dames de France » d’une modeste ville de province ? N’aurait-elle pas été plutôt confectionnée par une couturière émue et maternelle ? ou bien aurait-elle tout bonnement appartenu à une ancienne jeune fille, — cela est peu probable parce qu’elle paraît bien être de son temps, et témoigne de la toute dernière mode. La jeune fille aussi est de son temps, aussi simple que sa robe qui danse si simplement autour d’elle. Dans le mouvement, la robe se gonfle comme une voile, et emporte les désirs inconnus sur quelques airs en vogue. C’est une robe pour danser, pour s’étourdir de soi, être heureuse. On se demande, de la jeune fille ou de la robe, laquelle des deux transcende l’autre. Je sais très bien que la jeune fille serait toujours la même jeune fille sans la robe, — je ne suis pas idiot. Elle non plus n’est pas idiote, et sait très bien qu’avec ou sans la robe, elle sera toujours elle-même. Mais, tout de même, cette petite robe n’est pas sans faire un certain effet dans son cœur, et dans son âme où elle dépose comme de joyeuses petites étoiles, aussi innombrables que les pois malicieux s’égrenant dans les plis de sa douce corolle. Pourquoi danserait-on ? sinon pour sentir s’envoler autour de soi une légère robe claire ?  

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 00:31
photographie de Fabienne Vachey

photographie de Fabienne Vachey

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 02:04

cy

cy
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 04:12
Walden, édition de 1854

Walden, édition de 1854

« Dès le 6 octobre, les feuilles commencent généralement à tomber, en pluies successives provoquées par le gel ou les averses, mais la moisson de feuilles la plus importante, l’apogée de la chute se situe d’ordinaire vers le 16. Un beau matin, aux alentours de cette date, il a gelé sans doute plus fort qu’auparavant ; de la glace s’est formée sous la pompe, et quand le vent du matin se lève, les feuilles tombent en pluies plus serrées que jamais. Elles forment soudain des tapis épais sur le sol, sous l’effet de la brise ; même s’il n'y a pas de vent, ces lits de feuilles épousent la forme et la taille de l’arbre. Certains, tels les petits hickorys, semblent s’être dépouillés de leur feuilles instantanément, comme un soldat qui dépose les armes au premier commandement. Celles du hickory, encore très jaunes bien que desséchées, ont des reflets de feu sur le sol où elles gisent. Elles sont tombées de tous côtés, au premier coup de baguette magique de l’automne, faisant le même bruit que la pluie. » Henry D. Thoreau, Teintes d’automne, traduction de Nicole Mallet, éditions Le mot et le reste, 2012.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 16:15
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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 01:36
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 15:16
Joseph Roth dans les années vingt, place de l’Odéon, Paris.

Joseph Roth dans les années vingt, place de l’Odéon, Paris.

« La misère et la liberté sont des sœurs très proches. L’un est contraint au vagabondage parce qu’il n’a pas de foyer, le second parce qu’il ne trouve pas le repos, le troisième parce qu’il ne veut pas le trouver ou bien parce qu’il a fait vœu de le fuir, le quatrième parce qu’il aime la route et les maisons étrangères, inconnues. Certes, on a commencé à lutter contre les vagabonds et les mendiants, aussi dans les pays de l’Est. Comme si la fièvre des machines et des usines, l’agitation nerveuse des hommes qui habitent au sixième étage, l’inconstance de ceux qui, de manière trompeuse, sont solidement installés ne pouvaient plus tolérer le mouvement continuel, honnête et paisible des braves vagabonds sans but. Où veux-tu aller ? que vas-tu faire là-bas ? Pourquoi es-tu aprti ? Comment se fait-il que tu mènes ta propre vie, alors que, nous autres, nous supportons une vie qui nous est commune à tous ? Es-tu meilleur ? Es-tu différent ? » Joseph Roth, Tarabas, un hôte sur cette terre, roman, traduit de l’allemand par Michel-François Demet, éd. du Seuil, Paris, 1985.

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13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 18:42
Sholem-Aleikhem en 1907

Sholem-Aleikhem en 1907

“ Je ne sais si vous êtes expert en cette matière, sur le sujet des jeunes filles, veux-je dire. Une frimousse toute neuve, des joues appétissantes, des prunelles de jais, des dents de perle, un cou d’albâtre, des menottes qui donnent envie de baiser chacune de leurs articulations, la lèvre supérieure retroussée comme chez les petits enfants, avez-vous déjà vu cela ? Je vous le dis : tout, tout chez elle est galbé, ciselé, un véritable modèle d’exposition, comme pour dire : “Tenez, regardez, et crevez-en d’envie !” De surcroît, elle est dotée d’un ravissant petit rire et de fossettes aux joues qui valent en soi tout l’or du monde, car lorsqu’elle rit, tout rit alentour : la table rit, les bancs rient, les murs rient, la vie tout entière rit ! Voilà le genre de rire que c’est. Eh bien, essayez donc de regarder tout cela et de la détester ! » Sholem-Aleikhem, Joseph, in Guitel Pourishkevitsh, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild, éditions de l’Antilope, Paris.

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 20:43
Utagawa Hiroshige, Pluie soudaine à Shono, une des étapes du Tokaido, 1833-34, Musée national d’ethnologie, Leyde.

Utagawa Hiroshige, Pluie soudaine à Shono, une des étapes du Tokaido, 1833-34, Musée national d’ethnologie, Leyde.

Je ne savais pas trop où j’allais, ni même au juste d’où je m’en revenais. Il commençait à pleuvoir et j’avançais en songeant que c’était une bonne chose d’aller tranquillement sous cette pluie débutante tandis qu’autour de moi, tout le monde courait déjà dans tous les sens pour se mettre à l’abri. Craignaient-ils donc, tous, d’être mouillés ? Bientôt, je fus le seul dans la rue à déambuler sans parapluie. Cependant, je ne cherchais pas accélérer le pas, non, je voulais plutôt flâner, comme s’il avait fait grand soleil au-dessus de ma tête. Je ne tenais vraiment pas à me presser plus que ça sous prétexte qu’il pleuvait. C’était une de ces gentilles petites pluies de printemps qui s’entête à vider toutes les rues de la ville et qui, le plus souvent, y parvient dans le quart d’heure sans trop de difficulté. Ma veste était toute mouillée et mes cheveux dégoulinaient sérieusement. J’imaginais tout de même que si cela continuait de la sorte, je n’allais pas tarder à me raisonner et finir par me réfugier dans le premier estaminet pour me réchauffer et me sécher près du poêle. De la vapeur s’élèverait de ma veste, et cela me ferait penser à une scène d’un roman russe, — arrivé de nulle part, un personnage s’abandonne à la tiède chaleur du poêle d’une auberge improbable. J’étais devenu ce personnage de hasard, et j’étais même cette petite pluie russe qui pleurait dans mes yeux.

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Une Petite Rue D’Angoulême

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  • le ciel au-dessus de la rue
  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

strindberg-copie-1.jpg

« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.