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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 04:12
Walden, édition de 1854

Walden, édition de 1854

« Dès le 6 octobre, les feuilles commencent généralement à tomber, en pluies successives provoquées par le gel ou les averses, mais la moisson de feuilles la plus importante, l’apogée de la chute se situe d’ordinaire vers le 16. Un beau matin, aux alentours de cette date, il a gelé sans doute plus fort qu’auparavant ; de la glace s’est formée sous la pompe, et quand le vent du matin se lève, les feuilles tombent en pluies plus serrées que jamais. Elles forment soudain des tapis épais sur le sol, sous l’effet de la brise ; même s’il n'y a pas de vent, ces lits de feuilles épousent la forme et la taille de l’arbre. Certains, tels les petits hickorys, semblent s’être dépouillés de leur feuilles instantanément, comme un soldat qui dépose les armes au premier commandement. Celles du hickory, encore très jaunes bien que desséchées, ont des reflets de feu sur le sol où elles gisent. Elles sont tombées de tous côtés, au premier coup de baguette magique de l’automne, faisant le même bruit que la pluie. » Henry D. Thoreau, Teintes d’automne, traduction de Nicole Mallet, éditions Le mot et le reste, 2012.

17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 16:15
4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 01:36
1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 15:16
Joseph Roth dans les années vingt, place de l’Odéon, Paris.

Joseph Roth dans les années vingt, place de l’Odéon, Paris.

« La misère et la liberté sont des sœurs très proches. L’un est contraint au vagabondage parce qu’il n’a pas de foyer, le second parce qu’il ne trouve pas le repos, le troisième parce qu’il ne veut pas le trouver ou bien parce qu’il a fait vœu de le fuir, le quatrième parce qu’il aime la route et les maisons étrangères, inconnues. Certes, on a commencé à lutter contre les vagabonds et les mendiants, aussi dans les pays de l’Est. Comme si la fièvre des machines et des usines, l’agitation nerveuse des hommes qui habitent au sixième étage, l’inconstance de ceux qui, de manière trompeuse, sont solidement installés ne pouvaient plus tolérer le mouvement continuel, honnête et paisible des braves vagabonds sans but. Où veux-tu aller ? que vas-tu faire là-bas ? Pourquoi es-tu aprti ? Comment se fait-il que tu mènes ta propre vie, alors que, nous autres, nous supportons une vie qui nous est commune à tous ? Es-tu meilleur ? Es-tu différent ? » Joseph Roth, Tarabas, un hôte sur cette terre, roman, traduit de l’allemand par Michel-François Demet, éd. du Seuil, Paris, 1985.

13 mai 2016 5 13 /05 /mai /2016 18:42
Sholem-Aleikhem en 1907

Sholem-Aleikhem en 1907

“ Je ne sais si vous êtes expert en cette matière, sur le sujet des jeunes filles, veux-je dire. Une frimousse toute neuve, des joues appétissantes, des prunelles de jais, des dents de perle, un cou d’albâtre, des menottes qui donnent envie de baiser chacune de leurs articulations, la lèvre supérieure retroussée comme chez les petits enfants, avez-vous déjà vu cela ? Je vous le dis : tout, tout chez elle est galbé, ciselé, un véritable modèle d’exposition, comme pour dire : “Tenez, regardez, et crevez-en d’envie !” De surcroît, elle est dotée d’un ravissant petit rire et de fossettes aux joues qui valent en soi tout l’or du monde, car lorsqu’elle rit, tout rit alentour : la table rit, les bancs rient, les murs rient, la vie tout entière rit ! Voilà le genre de rire que c’est. Eh bien, essayez donc de regarder tout cela et de la détester ! » Sholem-Aleikhem, Joseph, in Guitel Pourishkevitsh, traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild, éditions de l’Antilope, Paris.

24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 20:43
Utagawa Hiroshige, Pluie soudaine à Shono, une des étapes du Tokaido, 1833-34, Musée national d’ethnologie, Leyde.

Utagawa Hiroshige, Pluie soudaine à Shono, une des étapes du Tokaido, 1833-34, Musée national d’ethnologie, Leyde.

Je ne savais pas trop où j’allais, ni même au juste d’où je m’en revenais. Il commençait à pleuvoir et j’avançais en songeant que c’était une bonne chose d’aller tranquillement sous cette pluie débutante tandis qu’autour de moi, tout le monde courait déjà dans tous les sens pour se mettre à l’abri. Craignaient-ils donc, tous, d’être mouillés ? Bientôt, je fus le seul dans la rue à déambuler sans parapluie. Cependant, je ne cherchais pas accélérer le pas, non, je voulais plutôt flâner, comme s’il avait fait grand soleil au-dessus de ma tête. Je ne tenais vraiment pas à me presser plus que ça sous prétexte qu’il pleuvait. C’était une de ces gentilles petites pluies de printemps qui s’entête à vider toutes les rues de la ville et qui, le plus souvent, y parvient dans le quart d’heure sans trop de difficulté. Ma veste était toute mouillée et mes cheveux dégoulinaient sérieusement. J’imaginais tout de même que si cela continuait de la sorte, je n’allais pas tarder à me raisonner et finir par me réfugier dans le premier estaminet pour me réchauffer et me sécher près du poêle. De la vapeur s’élèverait de ma veste, et cela me ferait penser à une scène d’un roman russe, — arrivé de nulle part, un personnage s’abandonne à la tiède chaleur du poêle d’une auberge improbable. J’étais devenu ce personnage de hasard, et j’étais même cette petite pluie russe qui pleurait dans mes yeux.

17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 12:40
oh ! le printemps

Les toute premières feuilles déplient obstinément leurs ailes dans le balbutiement des pluies d’avril. Les verts sont de la fête dans une barcarolle céleste. Combien de verts ? du plus clairet, si tendre, au plus ombreux, qui retient un peu de la nuit silencieuse dans ses replis timides. L’arbre est un peu perdu sur le parking d’une zone commerciale sans âme, mais qu’importe, les verts ne sont pas à vendre, ils ne sont qu’à l’occupation d’être, — une éternelle nouveauté.

14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 21:57
petite question d’actualité

« … Car la véhémence avec laquelle de grandes et nobles fractions de la nation réaffirment leur patriotisme, la passion avec laquelle une grande partie de la jeunesse s’engage dans de fougueux combats — sans autre but que d’affirmer ou renforcer le sentiment national, cela nous laisse supposer que, dans les autres camps, le sentiment national s’est affaibli au cours des temps et des luttes, qu’il a été étouffé sous le poids des malentendus, des débats, et même des idéaux. Et pourtant l’idée est absurde, qui veut qu’un Allemand, c’est-à-dire un individu de l’espace culturel, intellectuel, linguistique allemand puisse être plus allemand qu’un autre. Ou bien y aurait-il dans la nature des exemples de ce que, dans un champ, une motte de terre puisse être meilleure qu’une autre ? Combien impensable, inconcevable l’idée selon laquelle il y aurait, parmi les chênes, un chêne qui pût être plus chêne qu’un autre ! Pourquoi cette querelle qui nie l’égalité des hommes, les divise, les dresse les uns contre les autres ? » Profession de foi en faveur de l’Allemagne, Frankfurter Zeitung, 27 septembre 1931 in Joseph Roth, Croquis de voyage, éditions du Seuil, coll. Points, Paris, 2016.

14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 11:28
Patti Smith, photographie de Claire Alexandra Hatfield

Patti Smith, photographie de Claire Alexandra Hatfield

« Quatre ventilateurs tournent au plafond. Le Café ’Ino est vide, à l’exception du cuisinier mexicain et d’un gamin prénommé Zak, qui m’apporte ma commande habituelle, un toast de pain complet, un ramequin d’huile d’olive et du café noir. Je me replie dans mon coin, sans enlever ni mon manteau ni mon bonnet. Il est neuf heures du matin. Bedford Street, la ville s’éveille. Ma table, flanquée de la machine à café et de la baie vitrée qui donne sur la rue, m’offre un sentiment d’intimité, je peux me retirer dans mon monde. En cette fin novembre, le petit café paraît glacial. Alors pourquoi les ventilateurs tournent-ils ? Peut-être que si je les fixe suffisamment longtemps du regard, mon esprit se mettra lui aussi à tournoyer. Ce n’est pas si facile d’écrire sur rien. » Patti Smith, M Train, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, éditions Gallimard, Paris, 2016.

13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 17:20
Roland Barthes avec sa mère et son frère, Biscarosse, Landes, vers 1932.

Roland Barthes avec sa mère et son frère, Biscarosse, Landes, vers 1932.

« Du passé, c’est mon enfance qui me fascine le plus ; elle seule, à la regarder, ne me donne pas le regret du temps aboli. Car ce n’est pas l’irréversible que je découvre en elle, c’est l’irréductible : tout ce qui est encore en moi, par accès ; dans l’enfant, je lis à corps découvert l’envers noir de moi-même, l’ennui, la vulnérabilité, l’aptitude aux désespoirs (heureusement pluriels), l’émoi interne, coupé pour son malheur de toute expression. » Roland Barthes, in Roland Barthes par Roland Barthes, Le Seuil, coll. écrivains de toujours, Paris, 1975.

Une Petite Rue D’Angoulême

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  • : petites proses journalières, citations, musiques, ou bouts de films.
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il devient écrivain

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« Toujours allongé sur son canapé, il se sent pris d’une fièvre inhabituelle et tandis qu’elle se poursuit dans son corps, sa tête travaille à mettre en ordre d’anciens souvenirs, à élaguer certaines choses et à en rajouter certaines autres. De nouveaux personnages secondaires se présentent, il les voit se mêler à l’action, il les entend parler. C’est comme s’il les voyait sur la scène. Deux ou trois heures plus tard il avait une comédie en deux actes toute prête dans la tête. C’était un travail à la fois douloureux et voluptueux, si on pouvait appeler cela du travail, car cela se faisait tout seul, sans l’intervention de sa volonté et sans qu’il y fût pour rien. Mais à présent il fallait l’écrire. La pièce fut achevée en l’espace de quatre jours. Il allait et venait entre son bureau et le canapé où, par intervalles, il s’effondrait comme une loque. » (August Strindberg)

valentine

renee-2-copie-2.jpg

Ma grand-tante s’appelait Valentine. Elle vivait en solitaire à Fontbouillon, une campagne reculée, perdue, elle vivait ? — c'est un bien grand mot, je crois que je devrais plutôt dire qu’elle rêvait. Chaque jour elle s’habillait très élégamment, comme si ç’avait été un dimanche. Elle sortait peu. Elle regardait simplement la petite route qui passait devant sa porte, — où aurait-elle pu aller ? Les maris étaient morts depuis longtemps et son fils s’obstinait à vivre dans sa folie. Valentine s’asseyait à son piano et jouait ses nocturnes. La vie de Valentine est un immense, cruel et déchirant nocturne. Il y a longtemps que je pense à écrire le roman de sa vie absente. Fleur fanée d’un souvenir lointain et douloureux.

en voyage

KafkaMan

On arrive sur la grande place dès les premières heures, et tout est encore dans le tendre déploiement du rêve ; le jour est plus que le jour, — et la nuit moins que la nuit. Les pigeons égrènent la ponctuation subtile et mouvante de leur tourbillonnante quête d’horizons. Le ciel descend au milieu des murs, et les jeunes ombres s’étirent derrière les fenêtres. On est devant les vieilles procuraties, et le cœur s’absente de soi-même. On devient le voyageur de son désir — étranger au pays de ses errances.

l’écriture

wassermann

Il faudrait calculer le secret rapport entre la main et la pensée, — je ne suis pas sûr non plus que ce soit la pensée qui s’avance jusque dans la main, — c’est autre chose, peut-être simplement l’élan, la mise en mouvement de ce rapport justement, qui reste suspendu dans le fil courbe de la plume, et la respiration viendrait de ce qu’il faut tout de même, de temps en temps, tremper la plume dans le lac sombre de l’encrier. Peut-être les pensées sont-elles justement tout au fond dans l’encrier ? petites sirènes d’argent.